28/07/2026
Ce matin, j'ai détruit de la valeur.
J'ai coupé des grappes de raisin pour les laisser au sol.
Pas parce qu'elles étaient malades. Pas parce qu'elles n'étaient pas mûres.
Parce qu'aujourd'hui, le marché fait qu'il est économiquement plus cohérent de ne pas les récolter. Le prix du raisin est si bas que des mesures existent pour encourager les producteurs à ne pas mettre cette récolte sur le marché.
Quelques heures plus t**d, je changeais complètement d'univers.
Je retrouvais mon autre métier : la gérance immobilière.
Dans ce secteur, toute notre énergie est consacrée à créer de la valeur.
Rénover un immeuble. Optimiser sa gestion. Améliorer son attractivité.
Préserver son patrimoine. Chaque décision vise à augmenter ou protéger un actif.
En viticulture, certaines années, la meilleure décision économique consiste à renoncer à une partie de ce que l'on a produit.
Deux métiers.
Deux économies.
Deux visions de la valeur.
L'une cherche à développer un patrimoine qui, souvent, prend de la valeur avec le temps.
L'autre dépend d'un marché mondial, des habitudes de consommation, de la météo, des stocks... autant de facteurs sur lesquels le producteur n'a pratiquement aucune influence.
Ce contraste me fascine.
Le matin, je participe à la destruction d'une valeur que j'ai mis une année à construire.
L'après-midi, je cherche à en créer pour des propriétaires.
Finalement, ces deux métiers m'apprennent la même chose : la valeur n'est pas uniquement ce que l'on produit ou ce que l'on possède.
Elle dépend aussi — et parfois surtout — du contexte économique dans lequel on évolue.
Et vous, dans votre métier, avez-vous déjà vécu une situation qui semblait totalement absurde sur le plan humain… mais parfaitement logique sur le plan économique ?