07/05/2026
Commune de Pommeuse
Série « Villages des Deux Morin » épisode 15 : Pommeuse
Il y a des villages que l’on traverse.
Et puis il y a ceux qui vous retiennent sans bruit.
Pommeuse est de ceux-là.
Ici, tout commence par un pont.
Un passage jeté au-dessus du Grand Morin, une ligne fragile entre deux rives… et pourtant si essentielle. Car Pommeuse, dans son nom même, raconte son origine : le pont sur le Morin. Un lieu où l’on arrive, où l’on repart, mais surtout… où l’on s’arrête.
Bien avant nos routes modernes, deux grandes voies gallo-romaines se rejoignaient non loin d’ici, reliant Troyes à Meaux, Melun à Senlis, jusqu’aux rivages du nord. Le village n’était alors qu’un point stratégique : Eboriac.
Un simple passage, peut-être.
Mais déjà un cœur battant.
Le pont, lui, n’était pas seulement un ouvrage. Il était une richesse, un pouvoir, un contrôle. On y prélevait des droits, on y mesurait les flux, on y observait le monde passer. À quelques dizaines de mètres du pont actuel, cet ancien franchissement portait déjà en lui la destinée du village.
Puis vient le geste fondateur… En 620, Chagnéric offre ces terres à sa fille, Sainte Fare.
Une femme. Une héritière. Une bâtisseuse.
Elle fonde l’abbaye de Faremoutiers, et avec elle, toute une organisation économique et spirituelle. Le pont, les terres, le moulin du Poncet… tout nourrit ce territoire en construction.
Ici, déjà, l’équilibre entre l’homme et la nature s’invente.
Au fil du temps, Pommeuse change de nom comme on tourne les pages d’un vieux livre :
Eboriac, Pons Mucra, Pommeroie…
Des mots qui glissent, qui s’adaptent, qui vivent.
Jusqu’à devenir ce nom doux et rond que l’on connaît aujourd’hui.
Au XIIe siècle, le village s’affirme. Il bâtit son église, s’émancipe, grandit.
Ses pierres, reprises au fil des siècles, portent encore les traces du Moyen Âge, de la Renaissance, des mains qui ont construit sans jamais chercher à briller.
Une église simple, mais profondément vraie. Comme la Brie.
Et puis, un jour, le paysage change.
Au XIXe siècle, un géant de briques et de pierre s’élève au-dessus de la vallée : le viaduc.
Ses arches s’enchaînent avec une élégance presque irréelle, laissant passer la lumière, le vent… et le temps. Il ne coupe pas le paysage, il le traverse. Il ne s’impose pas, il accompagne.
Pommeuse, village paisible…
Parfois en apparence… Car ici, l’eau a une mémoire… L’Aubetin et le Grand Morin, deux cousins intrépides, parfois capricieux et colériques, se rejoignent ici… Et, lorsqu’ils s’emportent, ne font preuve d’aucune indulgence. Ils unissent leurs colères, impossibles à contenir et ne font plus qu’un.
L’eau déborde parfois, sort de son lit, s’invite là où on ne l’attend pas. Elle rappelle que ce territoire, si beau soit-il, reste fragile. Les crues ont marqué Pommeuse à plusieurs reprises. Et celles de 2024 ont laissé une empreinte particulière.
Des maisons touchées.
Des vies bousculées.
Des repères fragilisés.
Mais il y a quelque chose que l’eau n’emporte pas : la force des habitants.
À Pommeuse, on ne cède pas.
On nettoie,
On répare,
On recommence.
Sans bruit. Sans mise en scène.
Avec cette dignité discrète propre aux villages qui ont appris à durer.
Alors aujourd’hui, ce texte n’est pas seulement une histoire.
C’est un hommage.
VigiCrécy salue avec respect et émotion les habitants de Pommeuse.
Pour leur courage. Leur solidarité. Leur attachement à cette terre que l’eau vient parfois défier… mais qu’ils ne quittent jamais.
Parce qu’au fond, Pommeuse n’est pas qu’un pont sur le Morin.
C’est un lien.
Entre les siècles.
Entre les épreuves.
Et surtout… entre les hommes