06/04/2026
Amkoullel, de son vrai nom Issiaka Bâ, est une figure majeure du hip-hop malien, dont le parcours accompagne l’émergence et la structuration de ce mouvement au Mali. Il débute dès 1993 avec le groupe Smooth Movers, à une époque où le rap en est encore à ses débuts dans le pays. Très tôt, il affirme une identité artistique forte et engagée. Installé en France, il cofonde le groupe Kuma Guerya (« la guérilla de la parole ») aux côtés de Alien D, un projet emblématique qui pose les bases d’un rap conscient. Il assure également les premières parties d’artistes de renom tels que Alpha Blondy, Khaled et Lobi Traoré, enrichissant son univers musical et scénique.
Parallèlement à sa carrière artistique, Amkoullel mène des études de droit et de communication au Mali, en France et aux États-Unis, ce qui influence profondément son écriture.
En 2002, il sort son premier album "Infaculté", une œuvre engagée qui dénonce l’ignorance, l'état de l'enseignement et les dérives sociales. Il enchaîne avec Sourafin (pots-de-vin, corruption) (2003) et Waati Sera (il est temps) (2007), avant de consolider sa discographie avec Ne Ka Mali ! (Mon Mali) (2010) et Afrique Soleil Nouveau (2013).
Son style se distingue par un discours lucide, mêlant critique sociale, conscience politique et valorisation des identités africaines, tout en s’ouvrant à des collaborations internationales dans divers genres musicaux.
Toujours en quête d’évolution, il intègre la troupe du musicien Cheick Tidiane Seck, une expérience déterminante qui marque son passage au live et enrichit sa palette sonore. Il innove également en introduisant un groupe de danse attitré, Les Cools Girls, devenant l’un des premiers rappeurs maliens à structurer ses performances scéniques de manière chorégraphiée. Son talent est récompensé aux Trophées de la musique au Mali, où il remporte plusieurs distinctions, dont le Tamani du meilleur artiste rap, du meilleur album, du meilleur clip et de la meilleure collaboration (featuring sur le titre APE). En 2008, il renforce sa présence médiatique en animant et en participant à la conception des émissions « Case Sanga 2 et 3 » sur Africable.
En 2009, Amkoullel obtient trois distinctions aux Mali Hip Hop Awards, confirmant son statut d’artiste incontournable. Il participe à la création du premier spectacle de Koterap au Mali, intitulé BAMA SABA aux côtés de Lassy King Massassy (Fototala) et de Ramsès Damarifa, présenté notamment au Festival d’Avignon.
À partir de 2011, il entame des tournées en Europe et aux États-Unis, portant le hip-hop malien sur la scène internationale et affirmant son rôle d’ambassadeur culturel.
Artiste engagé, il s’implique activement dans la société malienne notamment en encadrants de nombreux futurs talents.
En 2012, il conçoit et dirige le Festival International de Sélingué, réunissant des artistes de renom tels que Salif Keita, Oumou Sangaré, Cheick Tidiane Seck et Will Calhoun. La même année, il s’engage dans le collectif « Plus Jamais ça ! » pour défendre la démocratie et la liberté d’expression dans un contexte de crise politique. En 2013, il participe au projet « UN » pour le Mali avec des artistes internationaux comme Oxmo Puccino, Féfé du groupe Sayan Supa Crew et Inna Modja.
Enfin, Amkoullel se distingue aussi comme entrepreneur culturel et acteur institutionnel. Il fonde le Farafina Club à Bamako, première école de danse hip-hop du Mali, et cofonde l’Association pour le Rap au Mali (ARM). En 2013, il s’installe aux États-Unis où il rejoint l'Agence Fédérale de Communication "Voice of America" comme producteur de contenus et présentateur.
De retour au Mali en 2015, il devient directeur de AfricomTV, premier directeur de JolibaTV et directeur artistique et auteur à BanKo Prod (production cinématographique).
Après avoir été Directeur de la Communication et du Développement Institutionnel (partenariat) à l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye, il poursuit aujourd’hui ses activités au Bureau de Coopération Suisse à Bamako, en charge du financement des projets culturels et de leur communication, tout en continuant à soutenir et encadrer la nouvelle génération à travers ses initiatives culturelles.
Vu son parcours, c'est un immense honneur pour nous de l'avoir comme paneliste au Pré-forum « Aux origines du Rap malien...»