01/05/2026
Un extrait d’un article qui pourra aider certains à comprendre partiellement la cherté de l’immobilier au Sénégal :
Drogue, immobilier et blanchiment d’argent au Sénégal.
En février 2021, le Groupe d'action financière (GAFI) a inscrit le Sénégal sur sa liste grise, indiquant que le pays ne se conformait pas pleinement aux normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération. Cette décision révèle toutefois que le Sénégal s'est engagé à collaborer avec ce groupe de travail pour remédier aux lacunes dans les délais convenus et se soumettre à des contrôles supplémentaires.
Le Sénégal se classe actuellement huitième au monde pour les risques de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme. Selon l'Évaluation nationale des risques de blanchiment d'argent, l'un des principaux facteurs dans le pays est le trafic de drogue, une économie illégale qui génère près de 360 millions de dollars (200 milliards de francs CFA) par an. Les trafiquants de drogue utilisent diverses opérations pour blanchir leur argent, l'immobilier et la construction étant les secteurs privilégiés.
La flexibilité de l'immobilier, qui permet de dissimuler l'origine des fonds de l'investissement et l'identité du propriétaire, rend le secteur attractif pour quiconque souhaite faire passer des fonds illicites dans l'économie légitime. En 2011 déjà, l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) affirmait que la facilité d'acquisition de biens immobiliers au Sénégal était exploitée par les trafiquants de drogue basés en Europe dans le but de blanchir de l'argent.
L'absence de registre central et le recours à des noms d'emprunt par les investisseurs constituent une couverture.
En 2013, il a été estimé qu'environ 96 % des 480 millions de dollars investis dans le secteur immobilier provenaient d'origines douteuses. Selon le Groupe d'action financière sur le blanchiment de capitaux
(GAFI), 30 % des biens criminels confisqués entre 2011 et 2013 étaient des maisons et des immeubles. Et en 2019, environ 120 agences immobilières supplémentaires avaient été créées par des trafiquants de drogue à Dakar par rapport à la décennie précédente, offrant aux trafiquants un canal pour blanchir leurs gains mal acquis.
L'argent liquide issu du trafic de drogue aurait également permis de stimuler la construction dans tout le pays et dans les villes côtières de Dakar, Saly et Mbour.
Certains grands projets immobiliers sont soupçonnés d'être financés par le commerce illicite, dont Akon City, un mégaprojet financé par le chanteur américano-sénégalais Akon qui devrait être achevé en 2029. De nombreux Sénégalais craignent que ce système ne fasse que faciliter le blanchiment d'argent. De même, un trafiquant de drogue français recherché par Europol a investi massivement dar des terrains et construit des centres commerciaux et des bureaux.
Cette situation est aggravée par le fait que la monnaie locale, le franc CFA, utilisé par tous les États membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), soit indexée sur l'euro. Par conséquent, les pays de l'UEMOA, et donc le Sénégal, n'ont pas de contrôle sur les flux de leur propre monnaie, qui est en outre imprimée en France.
Pour lutter contre le blanchiment d'argent dans l'immobilier et la construction, et encourager des pratiques commerciales légitimes, il faut prendre des mesures visant à dissocier le franc CFA de l'euro.
L'indépendance du CFA engendrerait une plus grande flexibilité et des possibilités macroéconomiques pour le Sénégal, notamment en ce qui concerne les politiques fiscales et monétaires.
Abdelkader Abderrahmane, chercheur principal, Observatoire régional de la criminalité organisée en Afrique de l'Ouest, projet ENACT, Bureau régional de l'ISS pour l'Afrique de l'Ouest, le Sahel et le Bassin du lac Tchad