01/12/2024
Un marché immobilier plus vigoureux en 2024, mais des prix qui devraient rester élevés
Le marché immobilier pourrait reprendre des couleurs au Canada cette année, après une période désastreuse marquée par l’explosion des taux d’intérêt. Mais une lueur d’espoir à l’avantage des acheteurs point à l’horizon, croient plusieurs experts qui prévoient une baisse du taux directeur dès ce printemps, même si les prix à l’achat devraient rester élevés.
Au cours d’une journée de visites libres dans l’est de Montréal, le courtier immobilier Pierre Viens présente une propriété remise à neuf qui n’attend que de potentiels acheteurs. Ici, c’est un duplex qui a été rénové au complet. Il y a un studio en bas, indique-t-il.
En ce début d'année, les ménages sont loin de se ruer vers les annonces, admet M. Viens. C'est un peu tranquille. C'est le 5 janvier, on est encore en 2023, finalement, dit-il.
Il reste qu’après une année plombée par la hausse des taux d'intérêt, le marché immobilier pourrait voir la lumière au bout du tunnel, avance avec espoir le courtier.
Les gens ont le pied sur le frein en ce moment, depuis deux ans. En 2024, ça va commencer à remonter un petit peu, parce que les taux vont commencer à baisser, explique-t-il.
Un sentiment partagé par un certain nombre d’économistes au pays qui parient sur une décision très attendue de la Banque du Canada annonçant dès le printemps prochain une baisse du taux directeur.
La première baisse devrait avoir lieu en avril 2024, entrevoit Jimmy Jean, économiste en chef de Desjardins.
Dans les marchés qui sont déjà nettement dispendieux, l’amélioration risque d’être trop faible pour plusieurs ménages, tempère-t-il, précisant que le marché de la revente pourrait connaître une amélioration graduelle qu’il qualifie de très modeste.
Prudence, prudence
Notons que la Banque du Canada a maintenu en décembre son taux d'intérêt de référence à 5 % pour une troisième fois de suite dans l’objectif de faire baisser l’inflation. Le taux directeur pourrait passer de 5 à 3,5 % d’ici à la fin de l’année, d’après les projections du Mouvement Desjardins.
Devant ce regain d’optimisme, le gouverneur de la Banque centrale du Canada, Tiff Macklem, appelle plutôt à la prudence. Dans son discours du 15 décembre au Canadian Club Toronto, il a déclaré qu’il était encore trop tôt pour envisager une éventuelle baisse du taux directeur.
Quand le conseil de direction sera convaincu que la stabilité des prix est en voie d’être rétablie, on pensera à baisser le taux directeur, a-t-il lancé.
Il n'est pas nécessaire d'attendre que l'inflation revienne entièrement à l'objectif de 2 % pour envisager un assouplissement de la politique, mais il faut qu'elle se dirige clairement vers 2 %.
Puis une autre inquiétude point également à l’horizon : la capacité de payer des propriétaires. À ce titre, un peu moins de la moitié des prêts hypothécaires devront être renouvelés d'ici deux ans, selon les données dévoilées par la Société canadienne d'hypothèque et de logement.
Les mensualités moyennes pourraient augmenter de 30 à 40 %, rappelle le syndic autorisé en insolvabilité Pierre Fortin. On va se retrouver avec une plus grande part de détenteurs qui ont acheté pendant la pandémie alors que les prix étaient à un sommet, souligne-t-il.
Et donc qui dit des prix très élevés, souvent ce sont des hypothèques qui sont aussi très élevées. Et c’est pour ces gens-là que ça va être plus difficile.
Une citation dePierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité et président de Jean Fortin & Associés
Au fil du temps, les taux d’intérêt risquent de diminuer, ce qui va aider les propriétaires, estime M. Fortin. Mais ils ne reviendront pas durant les deux prochaines années aux mêmes niveaux d’avant la pandémie, prévient-il.
Malgré les avertissements de la banque centrale selon lesquels les taux pourraient au contraire encore augmenter, les observateurs du marché envisagent dorénavant des réductions. La probabilité d'une nouvelle hausse des taux d'intérêt a diminué, selon les délibérations du conseil de direction de la Banque du Canada.
Tant que le marché de l’emploi restera résilient, l'hécatombe n’est pas à l’horizon, pensent les experts qui précisent que les ménages devront toutefois faire preuve de prévoyance et ajuster leur budget en conséquence.
Avec les informations de Jacob Côté