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23/12/2025

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17/12/2025

LE RETOUR AU PAYS APRES LES ETUDES - MON AVIS SUR LA QUESTION

Le gouvernement vient de lancer une campagne, pour inciter les diplômés ivoiriens formés à l’étranger, à rentrer dans leur pays à la fin de leurs études. Je voudrais dans cette publication, partager mon expérience personnelle sur le sujet, et peut-être aider le gouvernement dans cette noble entreprise, qui est celle de colmater la fuite des cerveaux.

Pour ce faire, je vais remonter loin, très loin en arrière, plus précisément le jour où j’ai dû embarquer dans un avion pour le Canada. Je venais à peine de compléter ma Maîtrise à l’université de Cocody, une MST EEAI (Electronique, Electrotechnique, Automatique et Informatique). J’ai été sélectionné par le Canada qui m’a offert une bourse dite de la francophonie, pour me rendre à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ce n’est donc pas une bourse ivoirienne qui m’a envoyé à l’étranger, quoiqu’à cette même époque, j’avais aussi obtenu une bourse ivoirienne pour me rendre étudier en France. Soit !

Par contre, il importe de mentionner que j’ai fait mon premier cycle (collège) au Lycée Scientifique de Yamoussoukro, logé et nourri par l’Etat ivoirien qui y concentrait ses meilleurs élèves de l’époque. J’ai aussi fait mon second cycle (Lycée) au Lycée Classique d’Abidjan, avant de rejoindre la fac de Cocody, comme boursier de l’Etat. Je suis donc un pur produit de l’enseignement public ivoirien. Tout cela mis ensemble, constitue à n’en point douter un investissement non-négligeable que l’Etat a dépensé sur ma modeste personne.

Le jour de mon départ pour le Canada, nous étions le 18 aout 1991, j’ai posé une dernière et ultime question à mon père, alors que le taxi qui devait m’accompagner à l’aéroport était garé devant la maison :
- Papa, si au Canada là, j’ai une opportunité, et que …
Je n’ai même pas eu le temps de finir ma phrase, que mon père m’a répondu sans hésiter, avec une certaine autorité :
- Reste là-bas.
Je m’en rappelle comme si c’était hier. En le disant ainsi, je le pense, mon père ne voulait pas que je m’alourdisse de pesanteurs familiales, qui m’obligeraient à rater une quelconque opportunité. Il me faisait comprendre que je devrais me sentir libre, totalement libre, et que jamais je ne me sente obligé d’abandonner une destinée à cause de lui, ou à cause d’une quelconque « nostalgie » du pays, où même parce que ma famille me manquerait.
Voilà pour l’histoire.

Une fois au Canada, j’ai complété mon Master (Microélectronique, Conception de microprocesseurs), aux frais du Gouvernement Canadien. A l’époque, mon ambition dans la vie était de devenir Professeur d’Université, un rêve que j’avais toujours entretenu depuis la Fac de Cocody. L’atteinte de cet objectif m’obligeait à prolonger mes études vers un Ph.D (Doctorat). Hélas, ma bourse Canadienne n’a pas été reconduite. J’étais véritablement coincé. Je venais à peine d’accueillir ma première fille, Anne-Marie. J’étais donc un jeune papa qui devait à tout prix sécuriser son statut d’immigrant dans la société d’accueil. Ma seule porte de sortie, c’était de prolonger mes études coûte que coûte. N’étant pas Canadien de nationalité, je me devais de trouver le moyen de rester dans ce pays pour prendre soin de ma famille naissante.
Du jour au lendemain, je me suis retrouvé dans l’inconfortable position de l’étudiant ambitieux, qui cherche frileusement un financement pour ses études doctorales. Deux professeurs d’Université rêvaient de m’avoir avec eux. Le Professeur Yvon Savaria de l’Ecole Polytechnique de Montréal, et le Professeur Benoit Champagne de l’INRS-TELECOM. D’où m’est venue ma bouée de sauvetage selon vous ? Ne cherchez pas loin. Elle m’est venue de la Côte d’Ivoire.

J’ai écrit au Ministère de l’Enseignement Supérieure à Abidjan. J’ai fait transiter mon dossier par notre Ambassade à Ottawa, chaque fois en prenant bien soin de joindre copie mes résultats académiques. J’ai finalement bénéficié d’une bourse ivoirienne pour faire mon Ph.D, encore une fois, aux frais du contribuable ivoirien.
Quand j’obtins mon Ph.D, et comme cela se faisait partout à l’époque, j’ai posté mon CV sur plusieurs sites de recrutement en Amérique du Nord. J’ai reçu un nombre incalculable d’offres d’emploi, du Canada à la Californie. Nous étions vers la fin des années 90, et la bulle de la Tech était en pleine inflation.

La première offre d’emploi que l’on me fit, que j’ai fini par accepter, a mis fin à mon rêve de devenir prof d’université. Mon Directeur de thèse lui-même, après avoir lu l’offre qu’on me faisait du côté de Toronto, s’est écrié : Philippe, tu vas toucher beaucoup plus que moi.

Ce récit avait pour but de vous amener dans ma petite tête d’étudiant de l’époque, et vous faire comprendre l’impossibilité pour moi, à cette époque, de rentrer au pays, du moins pas dans l’immédiat. Il n’était pas seulement question d’argent et de salaire. A la fin de mon Ph.D, j’étais Papa de deux admirables enfants, nés au Canada, et citoyens Canadiens. J’étais à la tête d’une grande famille qu’il était impossible de transporter dans une aventure ivoirienne.

C’est là que se trouve véritablement le « piège » des études à l’étranger, et le Canada le sait. Considérez un instant les critères sur lesquels s’appuie le Canada pour accepter ou refuser des demandes d'immigration du type "ACCESS Canada". La préférence du Canada, c’est celle de jeunes parents africains, diplômés, « avec des enfants en bas âge ». La raison est toute simple. Dès que vos enfants, nés en Côte d’Ivoire, se seront bien intégrés dans leur nouveau pays d’accueil, il ne vous sera plus possible de retourner au pays. Vos enfants mêmes vous diront qu’il est hors de question de rentrer dans un pays qu’ils ne connaissent quasiment pas. Vous allez caler là-bas. Même si vous haïssez l’hiver, eux par contre, adorent jouer dans la neige. Vous y resterez au moins jusqu’au jour où ces enfants que vous élevez entreront à l’Université, et pourront voler de leurs propres ailes sans vous.

Des étudiants ivoiriens de l'époque, il y a deux catégories:
- ceux qui sont rentré au pays IMMEDIATEMENT après leurs études, et
- ceux qui ne sont pas rentrés au pays immédiatement après leurs études. Ceux-là, pour la plupart, vivent encore au Canada au moment où j'écris ces lignes. Ce sont mes amis. Je leur rend visite chaque fois que j'y vais. Ils y prendront assurément leur retraite.

Les cas comme le mien, ceux qui quittent le Canada "à mi-chemin", sont très rares.

L’immigration est une trappe à souris dont il faut comprendre les mécanismes de rétention des plus diplômés d’entre nous. C’est un investissement que le pays d’accueil réalise, afin que vous renforciez leur cohorte de payeurs de taxe. Pour ce faire, les pays occidentaux cherchent agressivement à retenir sur leur sol, les étudiants africains les plus brillants.

Pour ma part, mon choix de rester au Canada immédiatement après mes études, a essentiellement été dicté par une situation familiale particulière. Ajoutez à cela le coup d’état de 1999, les élections calamiteuses de 2000 et son charnier de Yopougon, la crise de 2002 qui dura près d’une décennie, et vous trouvez la formule parfaite pour se chercher et aller voir ailleurs. Quelle personne ayant toute sa tête, déménagerait femmes et enfants dans un pays en guerre, faisant la une des journaux de la manière la plus négative ? Nous ne sommes pas tous des Douk Saga.

Par contre, la vie suivant son cours, le destin a voulu que j’accumule des expériences professionnelles des plus gratifiantes. Pour me donner bonne conscience, j’ai fini par me convaincre que le pays n’était pas encore prêt pour moi, et qu’il me fallait attendre le bon moment pour orchestrer un retour au pays. D’ingénieur Senior dans une boîte qui conçoit des microprocesseurs, j’ai fini par démissionner pour créer ma propre entreprise. J’ai créé une startup technologique qui a embauché du monde, a réussi à lever des financements privés et publics, et s’est même déployée aux Etats-Unis.

A défaut d’être rentré au pays, je me suis donné comme philosophie de « ACCUMULER LE MAXIMUM DE CONNAISSANCES POUR LE JOUR OU JE RENTRERAI ». Et c’est exactement ce qui s’est passé. En 2012, quand j’ai répondu à cet appel à candidature international qui cherchait un Directeur Général pour cette entreprise de Grand-Bassam, mes enfants étaient aux portes de l’Université. Le timing était parfait, et il était temps, grands temps, que je rende à mon pays ce qu’il avait investi en moi. En rentrant en Côte d’Ivoire, j’ai pris un p’tit appart dans la ville de Hamilton pour les enfants. Papa se sentait enfin libre de rentrer dans son pays.

Vous savez, on peut rentrer dans son pays à diverses étapes de la vie. Le plus important c’est de le faire un jour, et de le faire quand on a véritablement quelque chose à offrir au pays, car dans la diaspora comme au pays, il y a aussi des gens qui n'apporteront rien de significatif à la société ivoirienne, quel que soi le diplôme acquis. Mais pour que cela se fasse, il faut aussi que le pays sache s’ouvrir à sa diaspora. Après avoir baigné dans une société organisée, disciplinée, équitable, et en paix, il est difficile de rentrer dans un pays qui serait tout le contraire, même quand on l’aime de tout son cœur.

Pour ma part, j’ai payé deux billets d’avion de ma poche en 2012, pour répondre aux questions des évaluateurs en charge de l’appel à candidature. Ma plus grande hantise, c’était de me retrouver DG d’une entreprise ou le politique prend le pas sur la performance managériale, où l’on ne me jugerait pas par ma compétence, mais par des allégeances auxquelles je n'étais pas accoutumé. Surtout, je n’avais jamais travaillé avec l’ivoirien comme collègue de travail.

Lors d’un de ces voyages, j’ai eu la chance de me faire interviewer par le Ministre de l’économie numérique d’alors, Bruno N. Koné. Lui aussi, je crois, venait fraichement de rentrer au pays, après une carrière bien remplie en hexagone. Ceci explique pourquoi j’ai fini par accepter de faire le grand saut. Les termes et la vision de Monsieur le Ministre m’ont définitivement rassuré. Durant toutes les années où je l’ai eu comme Ministre de tutelle, jamais, je dis bien JAMAIS, il n’a eu une attitude interférente dans la gestion de l’entreprise qui était pourtant sous sa tutelle technique. Son style à lui, c’était d’attendre ses DG au tournant du RESULTAT, en cours d'exercice, et fin d’exercice. Sous sa tutelle, jamais l’on ne m’a demandé de faire une quelconque entourloupe aux règles élémentaires de comptabilité. Et moi, c’est tout ce que je demandais à mon pays : l’assurance qu’on me laisse travailler sereinement, et prouver ce que je sais faire.

EN CONCLUSION, je crois que le retour des « étudiants diplômés » est un bon début. Mais il faudrait pousser la réflexion un peu plus loin. Il faudrait intégrer ce vœu du gouvernement dans une problématique plus globale : le retour de la diaspora, qu’elle soit fraichement diplômée, ou nantie d’une longue et fructueuse expérience à l’étranger. Ce qu’on n’a pas pu faire au sortir des bancs d’école, on peut le faire à 40 ans. Je suggère que dans un programme clairement défini, nos ambassades deviennent de véritables agences, non pas de placement, mais de mise en relation entre la Côte d'Ivoire et sa diaspora. Le catalyseur véritable du retour de la diaspora, c'est la mise en commun de l'expertise acquise des deux cotés, et aussi celle des carnets d'adresse. L'ivoirien resté au pays a ses réseaux que l'ivoirien de la diaspora ne maîtrise pas, et vice-versa.

Ceci étant dit, de grâce, je vous en supplie, travaillons tous à maintenir un climat de paix dans notre pays. Il n'y a pas que l'argent qui n'aime pas le bruit. La diaspora aussi n'aime pas le bruit; ni les bruits de bottes, ni le brouhaha du stress collectif qui s'empare de nous chaque cinq ans.

Tel est mon avis.

Que ceci inspire qui voudra
Philippe Pango, Ph.D

06/09/2025
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