17/11/2023
LE CINEMA DE LA RUPTURE
Nous l’avons tous compris, cette plateforme nous convie et nous introduit dans un cinéma de la rupture. Parce que la redéfinition du cinéma africain est une urgence. C’est un impératif.
Nous n’allons pas recréer le monde, il est déjà trop vieux ! Nous n’allons pas réinventer le cinéma, il s’est déjà miraculeusement imposé à l’esprit du monde ! Mais il s’agit pour nous, cinéastes africains, de reconsidérer notre rapport au cinéma. C’est ce nouveau regard qui doit opérer la rupture.
Dès lors que le cinéma est devenu un langage, qu’il pouvait transmettre un message, et opérer sa magie pour dominer les esprits et orienter la pensée des humains, les autres l’ont happé à leur compte, pour en faire une arme de domination, une arme de développement, une arme de dissuasion. Particulièrement contre nous, les autres l’ont utilisé pour montrer au monde notre hideur, infériorité, nos comportements grégaires, l’incapacité de l’Afrique à s’autodéterminer, notre propension à avancer en foules sans leader clairvoyant, sans objectif au bout du compte.
Et plus d’un demi-siècle après que l’Afrique ait découvert l’usage de cette arme miraculeuse, curieusement, nous ne semblons toujours pas avoir consenti à lancer un message différent. C’est à croire qu’implicitement, nous sommes restés complices de ce message humiliant et dévalorisant à l’adresse du monde puisque jusqu’à présent, aucun signal dans le cinéma africain ne semble nous laisser croire le contraire, au contraire !
Nous sommes restés sur un cinéma de pur divertissement, et de dénonciation puérile et naïve, qui amplifie les contradictions, les misères, les incongruités de l’Afrique. Nous sommes restés sur un cinéma qui tire à boulet rouge sur ce que les autres de leur regard impérialiste ont péjorativement appelé « sorcellerie », alors qu’il s’agit bien de notre spiritualité ! Nous continuons de produire un cinéma qui a de la peine à restituer à la femme africaine sa place naturelle, celle de la toute puissance, dépositaire des puissances protectrices et élévatrices de notre nature.
Qu’un tel cinéma continue de sortir des productions africaines n’est pas seulement qu’une simple faiblesse, mais une vraie trahison, là où les autres, de plus en plus développe leur cinéma pour nous affubler et nous éblouir de leur toute puissance, même là où tout le monde voit qu’ils échouent, et curieusement, nous finissons par y croire !
C’est donc en cela qu’aujourd’hui, pour le cinéma africain, la rupture ne devrait pas être une option, mais une obligation, un impératif catégorique, condition stricte et nécessaire pour la survie et le développement de l’Afrique :
Rupture dans notre conception du cinéma ;
Rupture dans notre utilisation du cinéma
Rupture dans la signification fallacieuse prêtée à la sorcellerie ;
Rupture dans notre regard sur la femme ;
Rupture sur l’image à donner désormais de l’Afrique dans le monde ;
Il s’agit donc d’avoir au bout du regard, une vraie volonté de valorisation et de marchandisation de l’Afrique au prix fort.
Nous cinéastes devons donc envisager l’Afrique aujourd’hui comme un tout. Nous ne pouvons pas continuer d’entretenir l’esprit de balkanisation et de barrières, là où les autres comptent sur les grands ensembles pour être forts.
Sur un autre registre, et pas des moindres cinéastes d’Afrique, il nous incombe absolument aujourd’hui de sauver l’Afrique, de la sortir de la misère et d’une inquiétude endémique, là où les politiques sont en train d’échouer. Parce que nous en avons le pouvoir et les moyens. Le cinéma a le pouvoir de transformer le monde, nous avons entre nos mains le pouvoir de transfigurer le monde.
L’Afrique n’est pas la propriété des gouvernants, elle nous appartient, à nous le peuple africain. C’est donc un impératif pour nous d’en prendre soin et de la développer. Nous faisons partie de ce peuple, nous cinéastes, nous sommes dans le peuple, mais nous sommes investis de ce sceau particulier et privilégié et unique, de pouvoir changer le monde, en notre qualité de dépositaire d’un esprit supérieur, et de pratiquants d’un art impérial.
Essayons-nous dans cette réflexion : Aujourd’hui en 2023, l’Afrique compte 1 milliard 460 million 481 mille 772 habitants, répartis entre 54 Etats. Posons que chacun des Etats africains a dans sa machine décisionnelle 100 personnalités. Il y a donc pour toute l’Afrique, 5 mille 400 individus, pour la plus part pilotés hors de l’Afrique, qui décident du devenir du milliard et demi du peuple que nous sommes. Et nous ne sommes pas loin de cette réalité, parce que nous avons malheureusement comme boussole 54 centaines seulement d’individus, qui conspirent royalement contre la grandeur de notre peuple, mais n’ont aucun projet de grandeur.
Et c’est là que nous cinéastes africains, devons faire montre de nos super pouvoirs. Nous n’avons pas besoin d’être 100 par pays. Ici la loi du nombre n’a rien à voir. Parce qu’un seul film, peut bouleverser le monde. Il s’agit tout simplement pour nous, quelque soit notre nombre, de produire des films qui impactent les esprits, qui impactent le monde. Il s’agit pour nous, de redessiner l’Afrique aux yeux du monde, de montrer une Afrique grande et forte.
Notre mission, désormais, doit être de reconstruire l’Afrique à travers le génie et la magie de notre image.
C’est d’un cinéma de la rupture qu’il s’agit. Nous en somme capables, si nous acceptons de nous former !
C’est la mission première de Sésame Yakumana Films.