22/01/2026
Pourquoi Stephora est-elle morte ?
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La République dominicaine vit depuis des décennies avec une réalité que beaucoup préfèrent simplifier, malgré sa portée profonde : des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents haïtiens — ou d’origine haïtienne — fréquentent le système scolaire dominicain. Dans certaines communautés frontalières, ils traversent même quotidiennement la frontière pour aller en classe. À l’université, on observe un phénomène similaire : au cours des cinquante dernières années, le pays a formé de nombreux professionnels haïtiens, dont des hauts fonctionnaires, ce qui constitue une contribution réelle au renforcement du capital humain d’Haïti. Parallèlement, la main-d’œuvre et les investissements haïtiens ont également participé au dynamisme économique dominicain.
À première vue, ces faits pourraient laisser croire que la coexistence, bien qu’imparfaite, tient bon. Mais une tragédie vient briser cette illusion et nous oblige à regarder en face ce qui continue de germer dans les profondeurs : la mort de la fillette haïtienne Stephora Anne-Mircie Joseph.
Et la question revient, brutale, implacable, frappant la conscience nationale. C’est la même que le père Jacques Jean, prêtre haïtien de la paroisse Saint Jean Macías, à Santiago, a formulée lors d’une messe de requiem célébrée le 10 de ce mois, avec une force morale qui ne laisse place à aucune échappatoire : pourquoi Stephora est-elle morte ?
À cette messe, nous étions présents, entre autres, la mère Lovelie Joseph et des membres de la famille, des proches, des représentants consulaires, les avocats de la partie civile, des journalistes connaissant le dossier, ainsi que le soussigné. Ce n’était pas un simple acte liturgique ni un rendez-vous protocolaire : c’était un moment de recueillement où la douleur, la dignité et l’attente de justice se lisaient sur les visages. Et où une question, encore sans réponse, demeurait suspendue au-dessus de nous comme une exigence adressée au pays tout entier.
Y répondre exige plus que des larmes. Cela exige de la clarté. Et le premier élément qui ne peut être passé sous silence est une grave irresponsabilité institutionnelle. L’établissement scolaire a pris la décision d’organiser une excursion interdite, sans encadrement adéquat pour de jeunes enfants, et dans un lieu qui — selon les informations disponibles — ne disposait pas des conditions de sécurité nécessaires. Lorsqu’une école sort ses élèves d’un environnement relativement contrôlé, elle n’organise pas une activité anodine : elle assume un devoir supérieur de protection. Cela implique une planification sérieuse, une évaluation des risques, une surveillance stricte, un personnel suffisant, ainsi que des garanties minimales de sécurité. Si ces conditions ont fait défaut, nous ne sommes pas face à un malheureux hasard : nous sommes face à une chaîne de négligences.
Une vérité dérangeante s’impose alors : une enfant ne meurt pas « par accident » lorsque des adultes responsables sont censés être en charge. La mort de Stephora force à poser des questions sans détour : qui a failli ? qui a pris des décisions qui n’auraient jamais dû être prises ? qui n’a pas assumé sa responsabilité ?
Et dans le cas de Stephora, le plus douloureux est que sa mort ne survient pas seule. Elle s’accompagne d’indices d’un harcèlement scolaire à connotation raciale, de paroles cruelles qu’aucun enfant ne devrait entendre. Les insultes visant sa couleur de peau ou sa nationalité ne sont pas des mots improvisés dans une cour de récréation : ce sont des préjugés hérités, appris, répétés. Ils traduisent l’échec d’une éducation sociale, dans laquelle certains discours ont fini par banaliser l’humiliation de l’autre.
Autrement dit : il y a eu une faille de sécurité, mais aussi une faille d’humanité. Et cette double dimension fait de cette affaire une blessure nationale qui ne peut être refermée ni par des excuses, ni par des silences.
Pourtant, la réaction du pays mérite également d’être soulignée. L’indignation généralisée, le débat public, la profusion d’articles et de commentaires, et le fait que le dossier ait atteint les plus hautes instances de l’État — avec notamment une déclaration présidentielle et une minute de silence au Sénat — montrent que ce drame a touché quelque chose de profond. Il faut mentionner aussi le geste profondément humain de l’un des enfants, qui a tenté de récupérer le corps de sa camarade dans la piscine, contrastant avec la peur ou l’indifférence d’autres témoins.
En ce sens, la réponse collective a représenté une défaite de l’antihaitianisme: la preuve que la majorité ne s’identifie ni à la haine ni à cette logique de déshumanisation. Mais une nation ne se mesure pas seulement à ce qu’elle ressent au moment du drame : elle se mesure à ce qu’elle décide d’accomplir après.
Car l’émotion ne suffit pas. Le symbole ne suffit pas. La justice ne peut rester au stade du geste.
Ce 14 janvier, cela fait deux mois que Stephora est morte. Et même si l’actualité médiatique est occupée par d’autres crises — qu’il s’agisse de SENASA ou du Venezuela —, la mère de Stephora, sa famille et la société tout entière restent suspendues à une seule exigence : une justice exemplaire. À ce stade, un processus d’appel est en cours concernant la garantie économique imposée par le tribunal aux trois enseignantes mises en cause, ainsi qu’une demande visant à inclure l’établissement scolaire dans le dossier. Mais ce que l’opinion attend n’est pas un simple enchaînement de procédures : elle attend la vérité, des responsabilités clairement établies et des sanctions proportionnées — non seulement individuelles, mais également institutionnelles.
Car si l’on réduit ce drame à « trois personnes » tout en laissant intacte l’organisation qui a autorisé une activité à risque, le message serait désastreux : que la vie d’un enfant est négociable, que la négligence peut être maquillée, que la vérité peut être diluée. Cela ne doit pas être permis.
Le Ministère public a donc le devoir d’aller jusqu’au bout, sans hésitations, sans pressions et sans raccourcis. Et le Ministère de l’Éducation doit répondre par des mesures fortes : des protocoles obligatoires, un contrôle réel des excursions et activités scolaires, des sanctions administratives lorsque cela s’impose, et surtout une politique nationale sérieuse contre le harcèlement scolaire, notamment lorsqu’il se mêle à la discrimination raciale.
Les écoles ne sont pas seulement des lieux d’apprentissage : ce sont des espaces de protection. Et lorsqu’une école échoue à protéger, elle n’échoue pas sur un détail : elle échoue sur sa raison d’être.
Si cette affaire se conclut par des demi-vérités ou par des sanctions faibles, une occasion historique aura été perdue. En revanche, si elle est éclaircie avec rigueur et sanctionnée avec fermeté, le pays enverra un message clair : ici, l’enfance est respectée ; ici, la couleur ne condamne pas ; ici, l’école protège ; ici, la vie a de la valeur.
Le plus grand hommage à rendre a Stephora serait peut-être que son nom ne reste pas prisonnier de la douleur, mais devienne un point de bascule. Un programme national de prévention du harcèlement scolaire portant son nom serait plus qu’un symbole : ce serait une réparation morale et une promesse collective.
Car vivre ensemble ne suffit pas.
Sans respect et sans protection, la coexistence reste fragile.
Et sans justice, le deuil se transforme en blessure permanente.
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¿Por qué murió Stephora?
La República Dominicana convive desde hace décadas con una realidad que muchos prefieren simplificar, pese a su gran significado: decenas de miles de niños y adolescentes haitianos —o de origen haitiano— forman parte del sistema escolar dominicano. En algunas comunidades fronterizas, incluso cruzan diariamente para asistir a clases. En la universidad ocurre algo similar: el país ha formado, en los últimos cincuenta años, a numerosos profesionales haitianos, incluyendo altos funcionarios públicos, lo que constituye un aporte real a Haití. Al mismo tiempo, la mano de obra y las inversiones haitianas también han contribuido al dinamismo económico dominicano.
Con estos hechos sobre la mesa, parecería que la convivencia, aunque imperfecta, se sostiene. Pero entonces ocurre una tragedia que rompe la ilusión y obliga a mirar de frente lo que aún germina en el fondo: la muerte de la niña haitiana Stephora Anne-Mircie Joseph.
Y vuelve la pregunta que golpea a la conciencia nacional. Es la misma que formuló, en una misa réquiem celebrada el pasado día 10 de este mes, el padre Jacques Jean, vicario haitiano de la capilla San Juan Macías, en Santiago, con una fuerza moral que no admite evasivas:
¿por qué murió Stephora?
A esa misa asistimos, entre otros, la madre Lovelie Joseph y familiares de la difunta, allegados y amigos, madres del colegio, oficiales consulares, los abogados de la parte víctima, periodistas conocedores del caso, así como este servidor. No fue un acto protocolar, sino un momento de recogimiento donde el dolor y la esperanza de justicia se hicieron visibles, con una pregunta que sigue pendiente y que el país no debe esquivar.
Responderla exige algo más que tristeza. Exige claridad. Y el primer elemento que no puede ignorarse es una grave irresponsabilidad institucional. El centro educativo decidió realizar una excursión prohibida, sin la vigilancia adecuada para niños pequeños, y en un lugar que —según ha trascendido— no contaba con las condiciones de seguridad necesarias. Cuando una escuela saca a sus alumnos de un entorno controlado, no organiza una actividad cualquiera: asume un deber mayor de cuidado. Eso implica prever riesgos, asegurar supervisión estricta, disponer de personal suficiente y garantizar medidas mínimas de protección. Si estas condiciones fallaron, no estamos ante un hecho inevitable, sino ante una cadena de negligencias.
Aquí aparece una verdad incómoda: una niña no muere “por casualidad” cuando hay adultos responsables a cargo. La muerte de Stephora obliga a preguntar, con firmeza y sin rodeos: ¿quién falló? ¿quién decidió lo que no debía decidirse? ¿quién dejó de cumplir su deber?
En el caso de Stephora, lo más doloroso es que su muerte no llega sola. Arrastra indicios de acoso escolar con contenido racial, palabras crueles que una niña jamás debería escuchar. Los insultos relacionados con su color o su nacionalidad no son frases improvisadas en un recreo: son prejuicios heredados, aprendidos, repetidos. Son el reflejo de una educación social fallida, donde ciertos discursos han normalizado la humillación del otro.
En otras palabras: hubo una falla de seguridad, pero también una falla de humanidad. Y esa doble dimensión convierte este caso en una herida nacional que no puede cerrarse con excusas ni con silencios.
Sin embargo, la reacción del país también merece ser subrayada. La indignación generalizada, el debate público, la avalancha de artículos y comentarios, y el hecho de que el tema llegara hasta las más altas instancias del Estado —incluyendo un pronunciamiento presidencial y un minuto de silencio en el Senado— demuestran que este caso tocó algo profundo. Vale mencionar igualmente el gesto humanitario de uno de los niños, quien recupero el cuerpo de su compañera en la piscina, marcando una diferencia frente al miedo o la indiferencia de otros presentes.
En ese sentido, la respuesta colectiva fue una derrota del antihaitianismo: una prueba de que la mayoría no se identifica con el odio y no quiere esa clase de sociedad. Pero un país no se mide solo por lo que siente cuando ocurre una tragedia, sino por lo que hace después.
Porque la emoción no basta. El símbolo no basta. La justicia no puede quedarse en gestos.
Este 14 de enero se cumplieron dos meses de la muerte de Stephora. Y aunque la agenda mediática esté ocupada por otros escándalos y crisis —como SENASA o Venezuela—, la madre de Stephora, sus familiares y la sociedad siguen pendientes de una sola cosa: una administración de justicia ejemplar. Por ahora, continúa un proceso de apelación de la garantía económica impuesta por el tribunal a las tres docentes implicadas, así como la solicitud de incluir al colegio en el expediente. Pero lo que la ciudadanía espera no es un trámite más: espera verdad, responsabilidades claras y sanciones proporcionales, no solo individuales sino también institucionales.
Porque si el sistema reduce este drama a “tres personas” y deja intacta la estructura que tomó decisiones, el mensaje será devastador: que la vida infantil es negociable, que la negligencia puede maquillarse, que la verdad puede diluirse. Eso no puede permitirse.
Por eso, el Ministerio Público tiene el deber de llegar hasta el fondo sin titubeos, sin presiones y sin atajos. Y el Ministerio de Educación debe responder con acciones contundentes: protocolos obligatorios, supervisión real de excursiones y actividades escolares, sanciones administrativas cuando corresponda, y una política nacional seria contra el acoso escolar, especialmente cuando se cruza con la discriminación racial.
Las escuelas no son solo centros académicos: son espacios de protección. Y cuando una escuela falla en proteger, no falla en un detalle: falla en su razón de existir.
Si este caso termina con medias verdades o con sanciones débiles, se habrá perdido una oportunidad histórica. En cambio, si se esclarece con rigor y se sanciona con firmeza, el país enviará un mensaje claro: aquí la infancia se respeta, aquí el color no condena, aquí la escuela protege, aquí la vida vale.
Quizás el mayor homenaje a Stephora sea que su nombre no quede atrapado en el dolor, sino que se convierta en un punto de inflexión. Un programa educativo nacional contra el acoso —que lleve su nombre— sería más que un gesto: sería una reparación moral y una promesa colectiva.
Porque convivir no es suficiente.
Sin respeto y sin protección, la convivencia es frágil.
Y sin justicia, el duelo se convierte en herida permanente.
Edwin Paraison