Stéphane Brosseau Capifrance La Baule Le Griffon

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Les gargouilles des églises en presqu’île guérandaise Au détour des ruelles anciennes de Guérande, sur les hauteurs de B...
04/05/2026

Les gargouilles des églises en presqu’île guérandaise

Au détour des ruelles anciennes de Guérande, sur les hauteurs de Batz-sur-Mer ou face à l’océan au Croisic, les églises de la presqu’île guérandaise révèlent un patrimoine sculpté souvent méconnu : celui des gargouilles. Perchées au sommet des murs, suspendues au bout des chéneaux, de part et d'autres de porches ou accrochées aux tours, ces figures de pierre fascinent depuis des siècles par leur étrangeté. Tantôt monstrueuses, tantôt animales, parfois presque humaines, elles surveillent les villages et les ports depuis les hauteurs des édifices religieux.
Bien plus que de simples ornements, elles servent à évacuer l’eau de pluie loin des murs afin de protéger les maçonneries. Mais les bâtisseurs du Moyen Âge leur attribuaient aussi un rôle symbolique puissant, c'est à dire différent de ce que l'on voit. À travers leurs grimaces et leurs formes surnaturelles, elles évoquent les dangers du péché, repoussent les forces du mal et rappellent aux fidèles les mystères du monde invisible.
En presqu’île guérandaise, les gargouilles sont sculptées dans le granit local, exposées aux vents marins et aux embruns de l’Atlantique ; elles portent la marque du climat océanique et de l’histoire maritime régionale. Les églises de Guérande, Batz-sur-Mer ou du Croisic conservent encore aujourd’hui de remarquables exemples de cet art sculpté médiéval.
Il convient donc de s’interroger sur la diversité des gargouilles en ce territoire, sur leur fonction et sur leur portée symbolique.

I. Un élément essentiel de l’architecture religieuse médiévale

À l’origine, la gargouille répond à la nécessité de l’évacuation des eaux pluviales pour éviter l’humidité et la dégradation des façades et des joints de pierre. Les bâtisseurs conçurent donc des conduits traversant la pierre et se terminant par une bouche sculptée projetant l’eau à distance du mur. Le mot « gargouille » dérive d’ailleurs du vieux français « garg », évoquant le bruit du gargouillement.

La plupart des églises de la région sont bâties en granit local. Cette pierre très dure résiste aux intempéries, mais demande un grand savoir-faire de sculpture. Les gargouilles de la presqu’île possèdent ainsi des formes souvent massives et puissantes. Les détails y sont parfois moins fins que dans les cathédrales calcaires du nord de la France, mais elles dégagent une impression de force brute parfaitement adaptée aux paysages atlantiques et à l'âme locale. L’érosion due au sel marin a progressivement adouci certaines sculptures. Beaucoup présentent aujourd’hui des contours émoussés qui renforcent leur aspect mystérieux.

La Collégiale Saint-Aubin de Guérande, construite entre le XIIe et le XVIe siècle, possède plusieurs gargouilles remarquables réparties sur ses parties hautes. Certaines représentent des animaux, non pas fantastiques comme on le lit parfois (cette notion étant étrangère au Moyen Âge), mais surnaturels. Leurs gueules ouvertes permettent l’évacuation des eaux. Certaines évoquent des créatures hybrides mêlant traits humains et formes animales. On distingue notamment des têtes grimaçantes, des bêtes ailées et des figures démoniaques typiques du gothique flamboyant. La collégiale de Guérande présente également plusieurs chimères décoratives qui ne servent pas directement à l’écoulement de l’eau mais prolongent l’esthétique médiévale ; il ne s'agit donc pas de gargouilles. Les gargouilles prennent une dimension particulière sur la cité puisqu'elles dominent les remparts et les anciennes rues marchandes ; elles symbolisent autant la protection spirituelle de la ville que la puissance religieuse de l’ancienne cité.

II. Une grande diversité de formes

Les gargouilles animales sont nombreuses dans les églises de la presqu’île guérandaise. Les sculpteurs médiévaux puisaient largement dans le bestiaire réel ou imaginaire. On trouve ainsi des chiens, des loups, des oiseaux, des reptiles et des lions stylisés.
À Église Saint-Guénolé de Batz-sur-Mer, certaines gargouilles évoquent des animaux sauvages aux crocs saillants. Exposées depuis des siècles aux vents venus de l’océan, elles sont fortement patinées sur le portail occidental. Les gargouilles du clocher sont plus sobres, en forme de canons. On peut aussi donner l'exemple des gargouilles du portail nord de ND-de-Pitié du Croisic.

Dans les régions maritimes, certaines sculptures semblent également inspirées du monde marin. Les artistes médiévaux connaissaient bien les créatures évoquées dans les récits de marins. Le Moyen Âge affectionne particulièrement les créatures hybrides. Par exemple, un griffon (corps de carnassier avec ailes et tête d'oiseau), représente l'humanité, à la fois charnelle et spirituelle, qui veut s'élever, mais est soumise à ses sens. Les gargouilles combinent souvent plusieurs éléments : ailes de chauve-souris ou d'oiseau, griffes de lion, corps de reptile et visage humain, souvent grimaçant. Ces monstres incarnent les forces du chaos et du mal. Leur présence sur les églises rappellent aux fidèles que le monde extérieur demeure rempli de dangers spirituels.

Les gargouilles de la collégiale de Guérande illustrent parfaitement cette tradition gothique. Certaines possèdent des yeux exorbités, des langues tirées ou des oreilles démesurées, non pas destinées à impressionner les visiteurs comme on le dit parfois, mais à signifier celui qui écoute (soit ce bas-monde, soit la Parole de Dieu) ; une bouche démesurée symbolise celui qui parle trop, qui critique et médit. Par ces expressions grotesques, les états de l'âme humaine, les défauts (voire les qualités) sont représentés: la gourmandise, la colère, l’orgueil, la convoitise ou la luxure. Les sujets sont presque toujours effrayants, ou neutres (comme les canons par exemple). Les sculptures jouaient ainsi un rôle moral et pédagogique auprès d’une population largement illettrée, mais qui comprenait ce langage qui nous est devenu étranger depuis plus de deux siècles. Les artisans médiévaux introduisaient aussi une part d’humour dans leur travail, n'hésitant pas à se moquer des autorités, de personnages ou de corporations.

III. Mais les gargouilles ont surtout une fonction symbolique, religieuse et protectrice

Dans la pensée médiévale, les gargouilles ont une fonction protectrice. Elles représentent des démons maîtrisés par les humains, chargés d'éloigner les forces infernales venant de terre la nuit pour protéger le sanctuaire : elles sont donc toujours tournées vers le sol. L’église représente un espace de sécurité spirituelle au cœur d’un monde perçu comme dangereux. Cette croyance était particulièrement forte dans les communautés maritimes de la presqu’île guérandaise. Les populations vivaient au rythme des tempêtes, des épidémies et des risques liés à la mer. Les édifices religieux jouaient donc un rôle central dans la protection symbolique des habitants.

Les gargouilles servent aussi à enseigner la morale chrétienne puisque les créatures monstrueuses rappellent les conséquences du péché et les dangers des mauvaises passions. Les monstres représentent le désordre moral opposé à l’harmonie divine.

Certaines gargouilles ont disparu sous l’effet de l’érosion ou des restaurations successives. D’autres furent remplacées à différentes époques. Pourtant, malgré ces transformations, elles continuent de transmettre l’esprit du Moyen Âge. Dans les lumières changeantes de la côte atlantique, ces silhouettes de pierre participent pleinement au charme des cités anciennes de la presqu’île.

Les gargouilles des églises de la presqu’île guérandaise représentent ainsi bien davantage que de simples ornements architecturaux. Héritées du Moyen Âge, elles associent ingénierie, sculpture et symbolisme religieux dans un ensemble fascinant.
Leur fonction pratique d’évacuation des eaux se double d’un puissant rôle spirituel. À travers leurs formes animales, monstrueuses ou humaines, elles rappellent les croyances médiévales, la lutte entre le bien et le mal et les dangers du monde extérieur.
Elles constituent aujourd’hui des témoins précieux du patrimoine religieux de la région, qui sait unir utilité, foi et imaginaire dans une même œuvre de pierre.

Histoire et symbolique de l’église du Croisic Au cœur du port ancien du Croisic, l’église paroissiale constitue l’un des...
27/04/2026

Histoire et symbolique de l’église du Croisic

Au cœur du port ancien du Croisic, l’église paroissiale constitue l’un des repères majeurs du paysage urbain et maritime. Connue sous le nom d’église Notre-Dame-de-Pitié du Croisic, elle témoigne de plusieurs siècles d’histoire religieuse, artistique et sociale.
Mais cet édifice ne se résume pas à une simple église de cité. Sa construction progressive, ses objets liturgiques et son mobilier révèlent une richesse insoupçonnée. Plus encore, certains détails architecturaux et symboliques ouvrent des pistes de lecture des messages transmis par les bâtisseurs, liées à une symbolique plus profonde, fondée sur une véritable « langue des symboles », de ce qui signifie autre chose que ce que l’on voie, à partir des formes, des nombres, des orientations, des bestiaires, des végétaux etc. ou de lectures même « alchimiques ».
Mon but n’est pas ici de reprendre une visite historique, car l’église n’a pas été bâtie pour l’Histoire, ni même pour l’Histoire de l’art ; ces visites sont généralement très bien faites in situ ou sur des sites (sites paroissial ou municipal, Wikipédia etc.). Mon but est de mettre le focus sur des détails qui, agencés et ajoutés les uns aux autres, donnent du sens, et permettent de retrouver le message symbolique de cette église. Je ne m’attacherai ici à n’étudier que certains d’entre eux, pour donner le goût d’aller plus loin…

I. Une église construite sur plusieurs siècles

L’église Notre-Dame-de-Pitié du Croisic trouve ses origines au XVe siècle (le chantier s’étale de 1494 à 1528, et elle est consacrée en 1507), dans un contexte de développement du port. La prospérité maritime – notamment liée à la pêche et au commerce – favorise l’édification d’un lieu de culte à la hauteur de la communauté. À l’origine, il s’agit probablement d’un édifice plus modeste, rapidement agrandi en cours de construction. Au XVe siècle, le chœur et les premières travées sont construites. La nef est enrichie et décorée au XVIe, les chapelles latérales sont construites par des familles de capitaines ou d’armateurs et des transformations intérieures sont réalisées au XVIIe siècle. De même, l’ancien clocher en bois, emporté par une tempête, est remplacé par un beau clocher de base carrée (ce qui représente la Terre en symbolique, le chiffre 4, les 4 fleuves de la Création et les 4 directions cardinales), surmonté d’un campanile de pierre style Renaissance octogonal (8 côtés…8, le chiffre de la Résurrection et de la vie éternelle, le Christ étant ressuscité le 8e jour après les Rameaux) ; il symbolise donc que ce qui est terrestre a vocation à la vie éternelle, comme celui de Batz. L’église du Croisic devient une paroisse indépendante de Batz en 1763. Durant la Terreur, l’église est saccagée ; le mobilier et les objets de culte sont vendus, les cloches fondues (sauf la Michelle et la Marie-Jeanne), les vitraux détruits. Le culte est rouvert en 1802, avec le retour de l’ancien curé non-jureur, l’abbé Crossay. Rien ne reste des décors antérieurs (retables, vitraux, statues). Au XIXe siècles, des restaurations sont entreprises, du mobilier est renouvelé et des vitraux sont partiellement remplacés. L’église est ainsi aujourd’hui hétérogène en termes de style, et la cohérence de sa symbolique est altérée par notamment l’adjonction d’une 4e nef au Sud.

II. Orientation, lumière et éléments symboliques
Comme ce fut la règle jusqu’au Concile de Trente, son orientation liturgique met l’axe du chœur, non pas vers l’Est, comme on le dit en simplifiant, mais vers le soleil levant le jour de la dédicace de l’église. Cela est très précis et n’est quasiment même pas perturbé par le passage du calendrier julien en calendrier grégorien (en 1582) comme à Batz (dont le chœur est plus vieux de deux siècles). L’ayant mesuré précisément, au degré près, elle fait face au Levant du 15 septembre, dédicace de « Notre-Dame des Douleurs ». Ce libellé est récent, puisqu’il date de 1814 par décision papale; mais « Notre-Dame des douleurs » (en latin Mater Dolorosa) était célébrée au Moyen-âge le dimanche précédant les Rameaux (par exemple le 22 mars en 2026…), ce qui, au niveau solaire par rapport au 20/22 juin, dates des solstices d’été, est identique. Cette dévotion, très fréquente aux XVe -XVIIe siècles, honore les « sept souffrances de la Vierge Marie »: la prophétie de Siméon, la fuite en Égypte, la perte de Jésus au Temple, la rencontre sur le chemin de croix, la crucifixion, la descente de croix et la mise au tombeau. Cette orientation symbolise donc la résurrection, la vie et l’Espérance en la vie éternelle auprès de Dieu, le Christ étant assimilé au soleil levant, même dans la souffrance terrestre. Le lien avec Notre-Dame des Douleurs est intéressant car issu de la dévotion à la “Pietà”, qui donna quant à elle Notre-Dame-de-Pitié, nom de l’église, orientée donc à l’origine face au soleil levant le dimanche avant les Rameaux...

L’église originelle devait comporter 3 nefs. Il s’agissait de notre chemin de vie vers la Trinité (Dieu : le Père, le Fils, et la circulation d’amour entre les deux, le Saint-Esprit). La 4e nef bouleverse cette cohérence. En revanche, nous avons toujours 4 piliers de part et d’autre, donc 8, 4 croisées d’ogives avant d’atteindre le chœur (notre chemin terrestre vers la résurrection…).
Les fonts baptismaux sont aujourd’hui dans l’angle Sud-Ouest, avec des vitraux en cohérence, datant de la 2e moitié du XIXe siècle. mais ils devaient sans doute être à l’origine dans l’angle Nord-Ouest, comme c’était quasiment toujours le cas avant le Concile de Trente, car le baptême est le premier sacrement : venant du monde païen, symbolisé par le Nord, l’Ouest étant la direction symbolique de notre création de l’Homme par Dieu de la glaise, le catéchumène meurt au péché originel et renait de l’Esprit-Saint par l’eau du baptême. Le portail Nord de 1528 était appelé porte baptistère, et servait d’entrée d’usage commun, comme à Batz, car le Sud était occupé par le cimetière ; mais la porte principale liturgique est l’occidentale.
Entrons par celle-ci, lieu symbolique de notre création, l’orgue en tribune représente le souffle de vie donné par Dieu à l’Homme, et le chant de louange de celui-ci en retour.
Nous sommes alors envoyés dans ce monde, (la nef), avec ses turpitudes, et nous rencontrons la Parole de Dieu (la chaire, l’ambon), jusqu’à la Table de communion, pour nous unir à Lui. Au début de notre parcours de vie, juste après la tribune d’orgue, nous avons le choix : c’est « l’espace de la Liberté », symbolisé par une opposition entre le Bien et le Mal (à Guérande : un visage qui grimace et un qui sourit ; à Batz, une sirène queue relevée et un ange, ici un jeune homme mondain - haut du premier pilier au Sud-Ouest- et un ange au phylactère-haut du premier pilier au Nord-Ouest).
Sur le pilier « du jeune-homme mondain », nous avons une figure intéressante d’un animal regardant à la fois vers l’ouest et vers l’Est ; un faon à deux têtes ? On insisterait alors sur la notion d’enfants de Dieu, le cerf étant une figure christique ; une brebis à deux têtes ? On insisterait alors sur celle du Bon Pasteur, le Christ, qui garde son troupeau…il s’agit à mon sens d’une figure alchimique, très répandue à l’époque, de la recherche de transformation intérieure et de conversion, de passage de la nuit à la Lumière.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les tabernacles, les statues, les vitraux, les cloches, les pierres apparentes, les croix, les chapelles etc. ; mais ces éléments mis ici en évidence n’ont à ma connaissance jamais été évoqués, or, ils sont fondamentaux pour comprendre le message des bâtisseurs du Croisic.

L’église Notre-Dame-de-Pitié du Croisic est ainsi bien plus qu’un simple édifice religieux. Elle est le fruit de plusieurs siècles d’histoire, marqués par la prospérité maritime, la foi populaire et les évolutions artistiques.
Au regard de tous les détails présentés, je synthétiserais son message par cette formule : « Vous êtes tous invités, en ce monde dominé par la douleur, à entrer dans la maison de Dieu, à choisir de Le rejoindre en Le louant, en renonçant aux tentations de ce monde, en écoutant Sa Parole et en Le recevant en vous, pour avoir accès, par le baptême, à la vie éternelle dans Sa Lumière et Son Amour ».

Du « triskel » au « triskell »Le triskell, ou triskel, s’impose aujourd’hui comme l’un des symboles les plus visibles de...
22/04/2026

Du « triskel » au « triskell »

Le triskell, ou triskel, s’impose aujourd’hui comme l’un des symboles les plus visibles de la Bretagne. Dans la presqu’île guérandaise, et les 14 communes qui la composent, il est omniprésent sur les façades, dans les boutiques artisanales, en bijou, céramiques, textiles, lors des fêtes traditionnelles ou encore dans les décors urbains.
Pourtant, derrière cette apparente évidence culturelle, le triskell possède une histoire complexe, qui dépasse largement le cadre breton.
À l’origine, le mot vient du grec triskélès (« à trois jambes »). Cette racine est reprise dans les langues européennes savantes au XIXe siècle, notamment dans le cadre des études en archéologie et en histoire des civilisations celtiques. Entre 1880 et 1930, avec le développement du mouvement régionaliste en Bretagne, des intellectuels et militants cherchent à valoriser la langue bretonne, en adaptant ou recréant des mots d’origine ancienne. En breton, le double « -ll » est une terminaison fréquente. La forme triskell est donc une bretonnisation du mot savant.
Né dans la préhistoire européenne, repris par les Celtes, puis réinventé à l’époque contemporaine, il incarne aujourd’hui une identité régionale forte tout en conservant une portée universelle.
Remontons aux origines du triskel pour comprendre ses significations dans les cultures anciennes, puis interrogeons-nous sur son ancrage concret dans la presqu’île guérandaise.

I. Un symbole préhistorique
L’un des plus anciens triskels connus figure sur le site de Newgrange en Irlande. Ce monument néolithique date d’environ 3200 avant notre ère. Les spirales triples qui y sont gravées sont associées aux cycles du soleil et aux rythmes naturels. Dans « Newgrange: Archaeology, Art and Legend » (1997), George Eogan souligne que ces motifs accompagnent un dispositif architectural orienté vers le lever du soleil au solstice d’hiver, ce qui renforce leur dimension cosmique.
Cette symbolique du cycle et du mouvement trouve un écho particulier dans les paysages de la presqu’île guérandaise. Les marais salants de Guérande, par exemple, fonctionnent selon des rythmes naturels complexes (circulation de l’eau, évaporation, récolte du sel). Ce système repose sur une dynamique circulaire et répétitive qui évoque, de manière symbolique, les spirales du triskel. Certains paludiers contemporains utilisent d’ailleurs le triskell dans leurs marques ou leurs supports de communication, comme signe d’harmonie entre l’homme et la nature. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une continuité historique directe avec le Néolithique, cette appropriation moderne réactive une symbolique ancienne liée aux cycles naturels.

II. Le triskel et la pensée celtique ou la symbolique du « triple » visible dans les traditions locales

Le triskel est repris par les Celtes à partir du premier millénaire avant notre ère, notamment durant la période de La Tène. Il s’inscrit dans une esthétique fondée sur le mouvement et les formes spiralées.
Dans « The Ancient Celts » (1997), Barry Cunliffe insiste sur le caractère dynamique de l’art celtique, qui privilégie les motifs en transformation plutôt que les représentations figées. La pensée celtique repose également sur une structuration en triades. Dans « Les Druides » (1986), Christian-J. Guyonvarc'h montre que cette logique du triple organise aussi bien la cosmologie que les valeurs morales. Cette triple structuration est analysée de manière comparative par Georges Dumézil dans « Mythe et épopée » (1968-1973), où il identifie les trois fonctions fondamentales des sociétés indo-européennes : religieuse, guerrière et productive.
Dans la presqu’île guérandaise, cette logique tripartite peut être illustrée de manière concrète par la mer (activité maritime), la terre (agriculture et marais salants) et l’air ou l’ouverture (dimension commerciale et touristique). Ce triptyque territorial, bien que moderne dans sa formulation, correspond à une lecture symbolique cohérente avec les structures anciennes. On retrouve ainsi cette logique dans certaines manifestations culturelles locales, comme les fêtes traditionnelles ou les spectacles historiques, où se mêlent spiritualité, combat (symbolique ou historique) et activités économiques. Cette lecture jugée abusive par certains, trouve pourtant son explication …

III. Une réinvention moderne : le triskell dans la vie quotidienne guérandaise

Le triskell ne devient un symbole breton majeur qu’au XXe siècle. Comme le rappelle Michel Pastoureau dans « Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental » (2004), les emblèmes régionaux sont en effet souvent des constructions récentes. En Bretagne, cette réappropriation s’inscrit dans le mouvement culturel initié notamment dans le sillage de Morvan Marchal, créateur du drapeau Gwenn ha Du en 1923. Dans « Histoire de la Bretagne et des Bretons » (2005), Joël Cornette explique que le XXe siècle voit une volonté de redéfinir une identité bretonne en s’appuyant sur des symboles perçus comme anciens.
Dans la presqu’île guérandaise, cette réinvention est particulièrement visible dans l’artisanat local (par exemple à Guérande et au Croisic) et dans l’espace urbain. On observe des triskells sur certaines enseignes commerciales, dans des décorations murales, sur des plaques ou éléments de mobilier urbain. À La Baule-Escoublac, le symbole apparaît fréquemment dans les événements culturels liés à la Bretagne, tout comme dans les festivals et événements (fêtes locales, marchés traditionnels ou événements estivaux), le triskell est omniprésent sur les costumes, dans les logos ou les décors de scène. Il fonctionne comme un marqueur visuel immédiat de l’identité bretonne. Dans le tourisme et la communication, les supports touristiques de la région utilisent régulièrement le triskell pour évoquer l’authenticité, la tradition et l’ancrage culturel, surtout depuis l’amputation de la Loire-Inférieure, devenue Loire-Atlantique, de la Bretagne historique en 1941 puis 1956. Il devient ainsi un outil de valorisation du territoire et un emblème politique.

Le triskell breton est ainsi un symbole dont la richesse tient à la superposition de ses significations. Né dans les sociétés néolithiques comme une représentation des cycles naturels, intégré dans la pensée celtique comme expression du triple, il est devenu au XXe siècle un emblème identitaire fort, s’orthographiant alors avec 2 « l ». Dans les milieux savants, on conserve « triskel », en histoire, archéologie, histoire de l’art alors que dans la culture bretonne, « triskell » devient dominant, notamment à partir des années 1950–1970, avec le renouveau culturel breton, la musique, les festivals et les mouvements identitaires.
Dans la presqu’île guérandaise, cette évolution prend une dimension concrète. Le triskell y est à la fois un motif décoratif, un signe culturel, un outil de valorisation territoriale et le symbole d’une volonté de réunification de la Bretagne. Il relie les paysages (marais, océan, terres) à une symbolique ancienne fondée sur le mouvement et l’équilibre. En cela, il constitue un pont entre passé et présent, entre universel et local. Loin d’être un vestige du passé, le triskell est un symbole vivant, en constante réinterprétation.

Les grands exploits physiques depuis deux siècles dans la presqu’île guérandaiseDepuis le début du XIXe siècle, la presq...
18/04/2026

Les grands exploits physiques depuis deux siècles dans la presqu’île guérandaise
Depuis le début du XIXe siècle, la presqu’île guérandaise constitue un territoire singulier où les contraintes naturelles ont façonné des générations d’efforts physiques exceptionnels. Entre l’Atlantique, les marais salants, les ports exposés et les chemins côtiers, cette région de Loire-Atlantique a vu naître une culture de l’endurance profondément ancrée.
Des paludiers de Marais salants de Guérande, aux marins du Port du Croisic, en passant par les coureurs modernes de la Corrida de Guérande, du triathlon de La Baule ou du marathon de la Côte d'Amour, les exploits physiques y ont toujours été une constante.
Faisons ici un focus sur les exploits maritimes, les exploits terrestres d’endurance, et les exploits sportifs modernes encadrés par les clubs et institutions locales. Nous n'aborderons pas les exploits individuels déjà présentés précédemment dans d'autres rubriques liées à la voile, aux sports équestres, au tennis ou au golf.
I. Les exploits physiques liés à la mer
Depuis le XIXe siècle, les efforts physiques les plus intenses de la presqu’île se concentrent dans ses ports au Croisic, à La Turballe, Piriac-sur-Mer notamment. Dans ces ports, les marins-pêcheurs affrontaient des campagnes de pêche de plusieurs jours, des retours en tempête et des efforts de halage manuel des embarcations. Ces activités représentaient une forme d’endurance physique extrême, bien avant la naissance du sport moderne.
Les exploits les plus marquants sont liés aux interventions de la Société nationale de sauvetage en mer, à qui nous avons déjà consacré une rubrique. Leurs équipages réalisent des sorties en mer dans des conditions de force 8 à 10, des remorquages de navires en détresse ou des sauvetages dans les passes dangereuses du Croisic. Ces interventions demandent une endurance comparable à celle des athlètes de haut niveau.
Avec le développement des sports nautiques, plusieurs structures locales deviennent des centres d’entraînement : le Yacht Club de La Baule, ou le Cercle Nautique du Croisic par exemple. Ces clubs encadrent les régates côtières dans la baie du Pouliguen et au large de La Baule, les régate amateurs et les entraînements en conditions de vent fort. Les navigateurs locaux participent régulièrement à des compétitions atlantiques, affrontant des conditions météorologiques exigeantes.
II. Les exploits terrestres
Dans les marais salants, les travailleurs ont développé une endurance exceptionnelle. Les paludiers de Guérande, Batz-sur-Mer, Le Croisic, parcourent quotidiennement plusieurs kilomètres dans les œillets, supportent des charges de sel lourdes, dans des zones humides et instables. Ces efforts constants ont façonné une culture physique du travail durable.
L’essor du sport moderne s’appuie sur des clubs majeurs : Presqu'île Guérandaise Athletic Club, AS Guérande, La Baule Athlétic Club, Sporting Club Nazairien etc. Ces structures encadrent le cross-country dans les marais, les courses sur route et la formation de jeunes athlètes d’endurance.
La presqu’île accueille plusieurs compétitions emblématiques : la Corrida de Guérande, le Semi-marathon et le marathon de la Côte d'Amour, le triathlon de La Baule, le Trail des Marais Salants, la Course des Remparts de Guérande etc.
Ces épreuves sont particulièrement exigeantes du fait des parcours pavés dans la cité médiévale, du passages sablonneux et humides ou de l'exposition au vent atlantique.
Les exploits physiques sont également liés à des espaces naturels uniques, tels la Brière, la Côte Sauvage du Croisic ou la Plage de La Baule. Ces milieux permettent des entraînements en résistance au vent, les longues courses en sable ou les randonnées et traversées d’endurance.
III. Les exploits sportifs modernes et la structuration de la performance
La presqu’île accueille plusieurs clubs formateurs dans les disciplines techniques, telles la gymnastique, les sports artistiques ou l'acrobatie sportive. Des clubs de Guérande et La Baule participent régulièrement à des compétitions régionales et nationales, illustrant une montée en niveau constante.
Le karaté et les disciplines associées sont très développés dans la région avec des ceintures noires de haut niveau, la participation à des compétitions nationales et des formations fédérales avancées.
Ces pratiques prolongent la tradition d’endurance locale dans une logique de maîtrise corporelle.
Les sports collectifs occupent également une place importante pour le basket-ball, le football ou le tennis de table.
Les clubs locaux participent aux championnats départementaux, aux compétitions régionales et aux formations de jeunes sportifs.
Enfin, les exploits modernes incluent les marathoniens amateurs, les triathlètes participant à des formats Ironman ou les sportifs locaux engagés dans des ultra-trails. Ces performances prolongent une tradition historique d’endurance, héritée des marins et paludiers d’autrefois.
Depuis deux siècles, la presqu’île guérandaise s’impose ainsi comme un territoire où les exploits physiques sont profondément liés à l’environnement.
Des ports du Croisic et de La Turballe aux marais salants de Guérande, des clubs sportifs comme le PGAC aux événements comme la Corrida de Guérande, chaque structure contribue à une culture locale du dépassement de soi.
Ce territoire a transformé ses contraintes naturelles (vent, marées, sable et marais ) en véritables terrains d’exploits. Aujourd’hui encore, entre traditions maritimes, sports modernes et compétitions exigeantes, la presqu’île guérandaise demeure un espace où l’endurance et la performance physique restent des valeurs essentielles.

Les vieux gréements en presqu’île guérandaise Entre l’estuaire de la Loire et celui de la Vilaine, la presqu’île guérand...
14/04/2026

Les vieux gréements en presqu’île guérandaise

Entre l’estuaire de la Loire et celui de la Vilaine, la presqu’île guérandaise constitue un territoire profondément tourné vers la mer. De Piriac-sur-Mer à Saint-Nazaire, en passant par La Turballe, Le Croisic, Batz-sur-Mer, Le Pouliguen, La Baule-Escoublac et Pornichet, les activités maritimes ont façonné l’histoire et l’identité du territoire.
Au cœur de cet héritage, les vieux gréements occupent une place essentielle. Témoins vivants d’un passé maritime riche, ces navires à voile traditionnels continuent aujourd’hui de naviguer, de rassembler et de faire rêver. Leur présence régulière dans les ports locaux, notamment celle des célèbres Pen Duick d’Éric Tabarly, illustre parfaitement le lien entre tradition et modernité.
Essayons de comprendre ce qu'ils sont, leur rôle dans les rassemblements et les enjeux de leur préservation.

I. Définition et diversité des vieux gréements, entre tradition et héritage maritime

Un vieux gréement désigne un navire à voile traditionnelle, souvent en bois, construit selon des techniques anciennes ou inspirées de modèles historiques. Ces bateaux se caractérisent par des mâts et voiles traditionnels (auriques, carrées…), une construction artisanale, une navigation reposant principalement sur le vent (et les muscles...). On peut donner comme exemples typiques les chaloupes sardinières utilisées autrefois au Croisic, les dundees thoniers opérant depuis La Turballe ou les cotres côtiers visibles aujourd’hui dans les ports de plaisance.
Parmi les unités emblématiques naviguant encore, on peut citer le Biche, symbole du patrimoine maritime breton.

Dans cet ensemble restreint des voiliers les plus prestigieux fréquentant la région figurent les célèbres Pen Duick, liés à Éric Tabarly. Citons Pen Duick, ketch aurique en bois classé monument historique, Pen Duick II, vainqueur de la Transat anglaise 1964, Pen Duick III. Ces voiliers, bien que plus récents pour certains, sont souvent associés aux vieux gréements en raison de leur importance patrimoniale et de leur rôle dans l’histoire de la voile. Cependant, nous ne retenons pas dans cette catégorie le trimaran Pen Duick IV (1er grand multicoque océanique qui devint Manureva) ni Pen Duick V, un monocoque de 10,70 mètres, précurseur des monocoques de 60 pieds actuels (tels les bateaux du Vendée Globe). Ils font régulièrement escale au port du Pouliguen,
et naviguent dans la baie en face de La Baule-Escoublac. Leur présence attire un public nombreux et passionné.

La presqu’île guérandaise a connu une grande variété de bateaux adaptés aux activités maritimes telles la pêche côtière au Croisic, la pêche industrielle à La Turballe, le transport de sel depuis Guérande
ou la plaisance et navigation de loisir à Pornichet.
Aujourd’hui encore, cette diversité se retrouve dans les ports, où cohabitent voiliers traditionnels restaurés, répliques historiques et unités modernes inspirées des anciens modèles.

II. Une culture maritime vivante et spectaculaire lors des rassemblements et événements

Les ports de la presqu’île accueillent de nombreuses manifestations mettant en valeur les vieux gréements, notamment les fêtes maritimes à Piriac-sur-Mer avec défilés de voiliers, les animations portuaires du Croisic, les événements nautiques à La Turballe.
Au port du Pouliguen- La Baule-Escoublac, la venue des Pen Duick constitue un moment fort avec visites à quai, rencontres avec les équipages et même sorties en mer lors de certaines occasions.

La baie de La Baule-Escoublac (dans ce contexte maritime, on dit "baie du Pouliguen") offre un cadre exceptionnel pour la navigation des vieux gréements. Les activités sont multiples avec parades de voiliers visibles depuis la plage, rassemblements ponctuels en saison estivale, passages remarqués de voiliers historiques comme les Pen Duick. La visibilité offerte par cette grande baie permet une forte attractivité touristique, une mise en scène spectaculaire des navires et un accès facile pour le public.

Les vieux gréements présents en presqu’île participent aussi à des rassemblements majeurs, tels les fêtes maritimes de Brest, la semaine du Golfe du Morbihan ou Vilaine en Fête.
Ces événements permettent de découvrir des trois-mâts internationaux, des goélettes historiques ou des flottilles de bateaux traditionnels. Les Pen Duick y participent aussi régulièrement, renforçant leur aura et leur popularité.

III. Un patrimoine entre passion et défis

Autrefois outils de travail, les vieux gréements ont progressivement changé de fonction. Ils servaient pour la pêche au large depuis Le Croisic, le transport de marchandises depuis Guérande, la navigation commerciale sur la côte atlantique; aujourd’hui, ils sont reconvertis pour la navigation de loisir, comme support pédagogique ou attraction touristique. Les Pen Duick illustrent parfaitement cette évolution puisque conçus pour la course ou la navigation hauturière, ils sont désormais aussi des ambassadeurs du patrimoine maritime.

Les collectivités locales exploitent ce patrimoine pour renforcer leur attractivité par l'organisation d’événements autour des escales de vieux gréements, par les visites guidées dans les ports et les activités pédagogiques pour les scolaires. À Pornichet, La Baule-Escoublac et le Pouliguen, la présence des Pen Duick, qui mouillent côté plage Benoit du port, à 20 mètres du Yacht Club de La Baule, contribue à valoriser l’image maritime haut de gamme, à attirer un public passionné de voile et à renforcer le lien entre patrimoine et tourisme.

La sauvegarde des vieux gréements repose sur des acteurs engagés. Citons les associations de restauration navale, les
bénévoles assurant l’entretien des bateaux ou les structures organisant des stages de navigation.
À Saint-Nazaire, des initiatives permettent de découvrir la charpente navale, de participer à des chantiers de restauration ou
de transmettre les savoir-faire.

La préservation des vieux gréements reste complexe du fait de coûts élevés de restauration, de la rareté des artisans spécialisés et des contraintes de sécurité et de réglementation. Ainsi, la restauration du Biche a nécessité plusieurs années de travail.
Même les Pen Duick demandent un entretien constant, des compétences techniques pointues et des financements importants.

Les vieux gréements en presqu’île guérandaise constituent ainsi un patrimoine maritime exceptionnel, illustré par une grande diversité de bateaux et de nombreux événements. De Piriac à St Nazaire, en passant par le Croisic, Le Pouliguen, La Baule-Escoublac et Pornichet, ils témoignent d’une histoire profondément ancrée dans la mer.
La présence régulière des Pen Duick d’Éric Tabarly, notamment au port du Pouliguen - La Baule-Escoublac, renforce cette dimension patrimoniale et émotionnelle. Ces voiliers emblématiques incarnent le lien entre tradition maritime et modernité.
Grâce à l’engagement des associations, des collectivités et des passionnés, ces bateaux continuent de naviguer et de faire vivre un héritage unique. Entre mémoire et avenir, les vieux gréements demeurent des symboles puissants de l’identité maritime de la presqu’île guérandaise.

Adresse

Avenue Des Pélicans
La Baule-Escoublac
44500

Heures d'ouverture

Lundi 09:00 - 20:00
Mardi 09:00 - 20:00
Mercredi 09:00 - 20:00
Jeudi 09:00 - 20:00
Vendredi 09:00 - 20:00
Samedi 09:00 - 12:30

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