22/06/2026
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Les hommes, grands absents de la bataille contre les violences sexuelles
Pendant que des femmes meurent, pendant que des enfants disparaissent, pendant qu'une gamine de 11 ans est retrouvée morte dans un silo agricole du Gers, les hommes, dans leur immense majorité, se taisent. Ce silence assourdissant, vingt-sept femmes ont décidé de le nommer sans détour dans une tribune publiée ce dimanche dans La Tribune dimanche, initiée par la journaliste Maïtena Biraben pour Mesdames Média, et cosignée notamment par Laura Smet, Caroline Roux, Gisèle Pelicot, Anne Roumanoff, Caroline Darian, Charlotte de Turckheim, Catherine Lara, Elizabeth Moreno ou encore Yaël Naïm. Leur texte est un cri de colère, lucide et sans concession. Son titre : Qu'est-ce qui autorise les hommes ?
Elles commencent par un inventaire. Trente jours d'actualité féminine dans le monde. En Afghanistan, des femmes arrêtées par la police des mœurs talibane pour ne pas porter le tchador ou la burqa, et des hommes qui ont osé descendre dans la rue à Hérat le 9 juin pour les défendre, au péril de leur vie : l'ONU a confirmé qu'un garçon a été abattu lors de ce rassemblement, violemment dispersé à coups de fouets et de tirs. En Arménie, des douaniers saisissent 136 kilos de cheveux coupés sur des crânes de femmes massacrées lors des manifestations iraniennes, destinés à fabriquer des perruques aux États-Unis. En Caroline du Nord, l'élu républicain Keith Kidwell a déposé le House Bill 1232 qui classerait tout avortement en meurtre au premier degré et autoriserait le recours à la force létale pour défendre la vie d'un fœtus, ouvrant la voie à ce que des femmes soient tuées pour avoir avorté. En France, une enfant de onze ans, Lyhanna, laissée seule face à un prédateur multirécidiviste connu des services judiciaires, et assassinée.
La question que posent les vingt-sept signataires n'est pas rhétorique. Elle est radicale : pourquoi, partout dans le monde, les hommes attaquent-ils les femmes ? Pourquoi veulent-ils les contraindre, les dominer, les esclavagiser ? Pourquoi un Français s'est-il senti autorisé ces derniers jours à violer et tuer une fillette ? Pourquoi un jeune homme de 17 ans annonce-t-il sur ses réseaux sociaux qu'il s'apprête à assassiner une fille de son âge ? Pourquoi un autre de 23 ans poignarde-t-il son ex-petite amie de 14 ans sur la voie publique ? Et surtout : pourquoi est-il encore légitime de se demander s'il n'existe que deux sortes d'hommes, ceux qui agressent et ceux qui ne font rien ?
La tribune pointe un mécanisme bien connu, documenté, systémique. Quand la dangerosité d'un homme est avérée, on prévient les femmes sous le manteau plutôt que d'affronter l'agresseur. Des entreprises et des organisations préviennent discrètement leurs salariées de ne pas se retrouver seules avec Patrick Bruel ou Poivre d'Arvor. On restreint les mouvements de la victime potentielle, on lui fait porter le poids du risque, on laisse l'homme dangereux libre de ses actes et de ses opportunités. Confronter, empêcher, interdire, punir : ces options existent. On ne les choisit pas.
L'astronaute Thomas Pesquet avait pourtant montré la voie fin mai sur La Grande Librairie : les hommes qui s'étonnent que les femmes autour d'eux ne leur parlent pas de leurs violences subies n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes, leur a-t-il dit en substance. Car si elles se taisent, c'est par manque de confiance envers les hommes, et cette défiance, c'est leur responsabilité. Les signataires de la tribune relèvent que cette prise de position leur a semblé si marquante précisément parce qu'elle est si isolée.
Ce tableau n'est pas une exagération militante. C'est ce que les données confirment. Le rapport 2026 du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes est sans appel : dix millions de personnes en France adhèrent à des formes de sexisme hostile. Quatre-vingt-quatre pour cent des victimes de cybersexisme sont des femmes. Le masculinisme, structuré, organisé, doté selon le HCE de relais politiques, économiques, financiers et culturels, se diffuse massivement sur TikTok, Discord et X en ciblant les jeunes garçons. Les signataires de la tribune le disent elles-mêmes : nos fils, nos neveux, nos petits frères rejoignent par centaines de milliers des mouvements que les services de l'État qualifient désormais de menace terroriste. La France accuse dix ans de re**rd sur ses voisins en matière de prévention. Et pendant ce temps, l'autrice Pauline Ferrari alertait dès janvier dernier au Sénat avec ces mots : le masculinisme tue, et tout le monde s'en fout.
La mort de Lyhanna a pourtant mis la rue en mouvement. Une coalition de 150 associations et syndicats féministes appelle à se rassembler tous les lundis soirs devant les tribunaux partout en France, et une grande marche populaire est prévue le 4 juillet. Ces manifestants et manifestantes réclament une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, une proposition qui existe depuis fin 2025, cosignée par une centaine de parlementaires, et que le gouvernement n'a toujours pas daigné inscrire à l'ordre du jour. La France consacre seulement 77 euros par habitant à son budget justice, loin derrière l'Espagne, l'Italie, la Belgique ou l'Allemagne. En 2020, 94 % des plaintes pour viol étaient classées sans suite. Jérôme Barella, le suspect dans le meurtre de Lyhanna, avait déjà fait l'objet de cinq plaintes pour violences sexuelles sur mineures. Il n'avait jamais été entendu.
En France, les hommes ne risquent pas de prendre une b***e dans la peau en rejoignant ce combat. Ils ne risquent rien, et pourtant ils ne sont pas là. Messieurs, prenez vos responsabilités. Rejoignez-nous, questionnons-nous ensemble et n'acceptons plus. Ça suffit.
Sources : La Tribune dimanche, 20 minutes, ICI.fr, france info
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