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Mémoire2cité le Logement Collectif* dans tous ses états..Histoire & Mémoire de l'Habitat

Quartier populaire 🏗️ cité moderne HLM de Montchovet🏙️ à st Etienne, avec la résidentialisation des batiments de la rue ...
11/10/2025

Quartier populaire 🏗️ cité moderne HLM de Montchovet🏙️ à st Etienne, avec la résidentialisation des batiments de la rue Georges Clémenceau au 4 octobre 2025

Quartier populaire 🏗️ cité moderne HLM de Montchovet🏙️  à st Etienne, avec la résidentialisation des batiments de la rue...
30/09/2025

Quartier populaire 🏗️ cité moderne HLM de Montchovet🏙️ à st Etienne, avec la résidentialisation des batiments de la rue Georges Clémenceau au 20 septembre 2025

42 LOIRE FIRMINY Jusqu’au mois de septembre 2025, les Appelous et amateurs de l’architecte Le Corbusier pourront profite...
28/05/2025

42 LOIRE FIRMINY Jusqu’au mois de septembre 2025, les Appelous et amateurs de l’architecte Le Corbusier pourront profiter de l’exposition sur la pose de la première pierre de l’unité d’habitation. La date n’a pas été choisie au hasard pour rendre un nouvel hommage au Corbu… Le 21 mai 1965 restera dans l’histoire comme le jour où le maire de Firminy Eugène Claudius-Petit et l’architecte Le Corbusier ont scellé la première pierre de l’Unité d’habitation. Soixante ans plus t**d, une exposition est consacrée à cette période, et elle vient donc d’être inaugurée, ce mercredi 21 mai 2025. https://www.leprogres.fr/culture-loisirs/2025/05/25/unite-d-habitation-60-ans-apres-la-1re-pierre-l-esprit-corbu-perdure?at_content=link&at_term=leprogres.saintetienne&at_campaign=Facebook&at_medium=Social&at_source=nonli le témoignage de Dominique Claudius-Petit , fils de l’ancien maire Eugène Claudius-Petit, qui n’a pas été avare d’anecdotes. Avec parfois la larme aux yeux – « quand je suis heureux, je pleure » –, il a raconté quelques tranches de vie de son père : sa rencontre avec Le Corbusier après la Libération, la première venue de l’architecte à Firminy en 1953 puis toutes les années pendant lesquelles ils se sont côtoyés et pendant lesquelles a pris forme le grand projet d’ensemble de Firminy Vert. Et cette première pierre, justement, « ça a été un moment d’émotion incroyable pour ces deux hommes ». « Aujourd’hui, les bâtiments continuent de rendre leur raison d’être, c’est la contribution de Le Corbusier au patrimoine mondial. » Cette massive construction, campée tout en haut de la colline des Bruneaux et dominant la ville, évoquait à coup sûr, pour les visiteurs avertis, le temple du Parthénon perché sur la colline de l’Acropole dominant Athènes. Nul doute que ce jour-là, les invités eurent l’impression d’assister à la naissance d’un patrimoine moderne. Ce 21 mai 1965, le chantier de l’unité d’habitation, enturbanné dans ses drapeaux tricolores qui claquaient au vent, accueillait son créateur : Charles-Édouard Jeanneret dit « Le Corbusier ». https://www.leprogres.fr/societe/2025/05/10/il-y-a-60-ans-le-corbusier-visitait-sa-celebre-unite-d-habitation

93 la Courneuve La cité des 4000 . Quand Paris logeait ses pauvres en banlieue, les 4000 à La Courneuve devenue un symbo...
07/01/2025

93 la Courneuve La cité des 4000 . Quand Paris logeait ses pauvres en banlieue, les 4000 à La Courneuve devenue un symbole des violences urbaines et des lieux de relégation de la banlieue parisiennehttps://patrimoine.seinesaintdenis.fr/IMG/pdf/les_4000.pdf . Sur-médiatisée par des faits divers mais aussi par des démolitions spectaculaires, la cité des 4000 est cependant mal connue. Son histoire, les choix opérés par son maître d’ouvrage, l’Office public d’HLM de la Ville de Paris, permettent de comprendre les difficultés rencontrées par la cité et ses habitants. Cette histoire témoigne également des rapports, conflictuels et complexes, entretenus par Paris avec sa proche banlieue. La cité des 4000 s’affirme enfin comme un laboratoire où s’invente puis s’applique la politique de la Ville avec des résultats mitigés et contradictoires. Le grand ensemble dit « des 4000 » HLM à La Courneuve est une des « cités » les plus connues de France. Reportages télévisés, fi lm de fi ction, documentaires… ont contribué à en faire un ensemble symbole des violences urbaines et de la délinquance en banlieue, archétype du lieu de relégation, voir du « ghetto », depuis les années 19701 Démolir 175 000 logements pour en reconstruire 223 000 en vingt ans, c’est le pari qu’ont fait l’ANRU et ses partenaires – élus locaux, techniciens, urbanistes – pour sortir la France du « malaise des banlieues ». Ciblant les grands ensembles construits entre 1957 et 1976, qui représentent plus de 90 % des démolitions, cette entreprise d’effacement de l’histoire de la reconstruction et du patrimoine social moderne, menée au nom de la mixité sociale par la diversification de l’habitat, a montré ses limites, aussi bien sur le plan social qu’en termes de coûts financiers et environnementaux. En a-t-on fini pour autant ? Un tour de France de quelques projets de renouvellement urbain montre que de nombreux logements sont encore menacés de disparition. Les récentes mobilisations des habitants de ces quartiers en sursis, à l’occasion des 20 ans de l’ANRU, nous incitent à en reconnaître la valeur et à changer de logiciel. Le temps est venu de sortir du système de démolition-reconstruction pour exploiter l’extraordinaire potentiel de transformation et d’adaptation au réchauffement climatique de ces grands ensembles. La cité des 4000 représente également une sorte de « caricature » d’une forme urbaine disqualifi ée,
démesurée et « inhumaine » et, par ailleurs, très rapidement obsolète. De fait, la cité des 4000 concentre la plupart des représentations négatives attachées aux grands ensembles
urbains depuis quasiment sa création. Sur-médiatisée par des faits divers mais aussi par des démolitions spectaculaires de logements, la cité des 4000 est cependant mal connue. Son histoire, et notamment sa gestation au milieu des années 1950, les choix architecturaux et urbains opérés par son maître d’ouvrage, l’Offi ce public d’HLM de la Ville de Paris, mais aussi le peuplement de cet ensemble permettent de comprendre les diffi cultés rencontrées
par la cité et ses habitants depuis plus de quarante ans. Cette histoire témoigne également des rapports, confl ictuels et complexes, entretenus par Paris avec sa proche banlieue, sur
fond de tensions politiques opposant le pouvoir gaulliste et le communisme municipal à son apogée. Outre cette lutte un peu oubliée, la ville de La Courneuve, durement touchée par la désindustrialisation, parvient à faire des 4000 un levier de négociation face à l’Etat pour contrer des projets d’aménagement et d’urbanisme risquant de défi gurer la commune. Témoin d’une croissance urbaine très rapide profondément modifi ant la région parisienne, la cité des 4000 s’affi rme aussi comme un laboratoire d’intérêt national où s’inventent de nouvelles politiques publiques pour faire face à la crise. Au milieu des années 1950, La Courneuve est une commune très industrialisée qui n’a pour autant pas encore rompu avec son passé maraîcher. Confrontée à la crise du logement, comme de nombreuses villes de banlieues, La Courneuve est peu dotée en logements sociaux tandis que le développement de l’habitat pavillonnaire y a été relativement mesuré durant l’entre-deux-guerres. La ville connaît par ailleurs l’habitat insalubre, notamment dans certaines vieilles maisons de cultures, cet habitat rural spécifi que lié au maraîchage, mais
aussi avec le développement des bidonvilles. Le principal d’entre eux, dénommé La Campa, habité dès le milieu des années 1950, va très fortement croître au cours de la décennie suivante . Situé face au parc des sports, route de Stains, il est installé à l’emplacement du futur parc départemental envisagé depuis les années 1930.
Au printemps 1953, Alphonse Rollin succède à Renée Lehut, qui avait défrayé la chronique en novembre 1947 en quittant la liste communiste pour rejoindre l’opposition et se faire élire maire de La Courneuve En 1953, la première magistrature de la ville échappe
une nouvelle fois aux élus communistes et c’est le socialiste SFIO, puis PSA, Alphonse Rollin qui est élu au bénéfi ce de l’âge. Cependant, le PCF est majoritaire au sein du Conseil municipal et la politique menée par la nouvelle municipalité est clairement communiste. Renée Lehut conserve néanmoins la présidence de l’Offi ce public d’HLM (OPHLM) de La Courneuve, empêchant de fait les élus communistes d’engager leur politique du logement,
connaissant ainsi le même sort que les municipalités communistes de Bagnolet ou de Pantin (à partir de 1959). En effet, dans ces deux autres communes, la Préfecture de la Seine fait en sorte que la présidence de l’Offi ce communal d’HLM échappe aux communistes et soit confi ée à un élu de l’opposition pour entraver l’action des nouvelles municipalités dans le domaine alors si sensible du logement Cette non maîtrise du logement par la municipalité,
quand la crise sévit encore durement va peser dans la décision d’accueillir le projet porté par l’Offi ce public d’HLM de la Ville de Paris. L’Offi ce de la Ville de Paris s’intéresse en effet à
la banlieue pour les grandes disponibilités foncières dont la capitale est dépourvue. Celle-ci s’est par ailleurs engagée récemment dans une politique ambitieuse de rénovation urbaine
des îlots insalubres. Ces opérations nécessitent de fortes capacités de relogement, qu’il soit provisoire ou défi nitif Située à 3 km de Paris, La Courneuve subit déjà la pression foncière qui touche la proche banlieue et fait naître différents projets de promotion immobilière sur les nombreuses terres maraîchères de la ville. En 1956, un dernier projet de promotion privée achève de décider l’équipe municipale de se tourner vers l’Offi ce de la Ville de Paris
qui manifeste ses intentions depuis 1954. En janvier 1957, la zone à aménager dans la commune est défi nie. La décision est
ratifi ée par le conseil municipal du 21 février et la convention passée avec l’Offi ce de la Ville de Paris signée par le maire Cet accord prévoit notamment de réserver un quart des
logements aux Courneuviens, l’essentiel des logements devant être attribué aux Parisiens relogés dans le cadre de la rénovation urbaine engagée dans la capitale. Là, l’Offi ce va pouvoir enfi n s’affranchir des contraintes toujours en cours dans Paris, l’alignement et la hauteur du gabarit, et se livrer au monumental dans cette « non ville » qu’est alors encore
pour beaucoup la banlieue De façon signifi cative, la maquette du projet nie totalement l’environnement immédiat de l’opération. En septembre 1957, le secrétaire d’Etat à la Reconstruction et au Logement, Bernard Chochoy, rend ce projet possible en autorisant de façon dérogatoire l’Offi ce de la Ville de Paris à construire sur la commune de La Courneuve. Son successeur, Pierre Sudreau, accorde en février 1961 une extension des compétences
de l’Offi ce de la Ville de Paris à l’ensemble de l’agglomération parisienne, au titre du décret du 31 décembre 1958, qui crée les zones à urbaniser en priorité (ZUP). Au printemps 1961,
la maquette des 4000 logements de l’Offi ce de la Ville de Paris à La Courneuve est présentée parmi de nombreux projets au Grand Palais pour l’exposition « Demain… Paris », conçue par le Ministère de la Construction et son ministre Sudreau. Paradoxalement, quelques mois auparavant, Sudreau s’est prononcé publiquement contre « certains grands immeubles, véritables murailles de béton, longs de plusieurs centaines de mètres, hauts de plus de
douze étages [qui] annihilent le côté humain de la construction8 » L’acquisition des terrains maraîchers s’effectue courant 1958, la zone à aménager d’un peu plus de 38 hectares se divise en deux lots d’inégales surfaces au nord et au sud de la place du général Leclerc, ou carrefour des Six Routes, dans l’ouest de la commune. Dès juillet 1959, le projet est présenté dans la presse spécialisée, sous le titre : « Projet de centre urbain HLM » et prévoit 4234 logements Même s’il témoigne d’un saut quantitatif important,
alors que s’achève le programme des « 4000 logements pour la région parisienne », divisé en 4 sites (Bagnolet, Clichy-la-Garenne, Boulogne-Billancourt, Nanterre) mais uni par la mise en œuvre du procédé de préfabrication Camus, ce projet de plus de 4000 logements est dans la moyenne de ce qui se projette en cette fi n des années 1950. Ainsi, environ 3200 logements sont prévus au Mont Mesly à Créteil, 3800 à Orgemont à Epinay-sur-Seine et
Saint-Gratien, 3500 au Haut du Lièvre à Nancy. Pour l’Offi ce de la ville de Paris les 4000 constituent cependant un changement d’échelle que seule la banlieue lui permet. Cela n’a
cependant rien de comparable avec le gigantisme des 14 000 logements sur 160 ha étudié par l’architecte Clément Tambuté en 1957 pour la zone de confl uence des communes de
Stains / Saint-Denis / Pierrefi tte-sur-Seine qui restera à l’état de projet10. C’est ce même architecte, associé à Henri Delacroix, qui est choisi par l’Offi ce de la Ville de Paris pour réaliser le projet de La Courneuve. Tous deux ont déjà travaillé à La Courneuve pour l’OPHLM communal avec quatre opérations de 61 à 254 logements . Tambuté, architecte en chef de la reconstruction d’Abbeville, est membre actif du Cercle d’Etudes Architecturales qui réunit nombre d’architectes modernes. Pour le projet des 4000, Tambuté et Delacroix sont assistés de six architectes collaborateurs et du paysagiste Jacques Sgard. Enfi n, le bureau
d’études technique est le BECIB que dirige Maurice Cammas, déjà présent pour les 4000 logements pour la région parisienne quelques années plus tôt. « 5 logements / jour » Pour les 4000 logements de La Courneuve, l’Offi ce de la Ville de Paris envisage de conclure un seul marché pour les logements et pour le centre commercial, les équipements administratifs, sociaux et commerciaux qu’il prévoit. En 1959, le ministère de la Construction autorise ce concours d’entreprises encore peu courant par son ampleur. Tandis que le permis de construire est accordé le 20 mars 1960, le 20 mai suivant le Préfet de la Seine approuve la décision du jury qui désigne pour l’ensemble des travaux prévus un groupement de 21 entreprises ayant pour mandataire commun la Société des Grands Travaux de l’Est (SGTE). Créée pour la reconstruction, cette entreprise de gros-œuvre est alors en forte expansion. Pour les 4000, compte tenu de l’importance du chantier, la SGTE fait d’importants investissements en espérant les rentabiliser dès cette opération mais surtout ensuite12. Pour
atteindre ce but, la « standardisation et la répétition » sont nécessaire ainsi qu’une forte productivité : « 110 à 120 logements par mois », privilégiant de fait la préfabrication lourde.
Le procédé Estiot est spécialement mis au point pour les 4000. Ce procédé technique est un système de montage de panneaux de béton, destiné indifféremment aux murs de façade
non-porteurs, aux murs de refends et à des planchers. L’ensemble est produit sur place dans une usine de 4500 m² d’où sortiront bientôt « 5 logements / jour 13 ». Dès 1959, sont prévus 4234 logements HLM de 1 à 7 pièces dans 19 bâtiments barres
de 5 niveaux, 11 barres dites « écrans » de 16 niveaux et une tour de 27 étages, l’ensemble est implanté de façon orthogonale (nord-sud, est-ouest). Tour et barres sont bientôt nommées
de grands noms des arts et des sciences, tels Debussy ou Joliot-Curie. L’Offi ce de la Ville de Paris envisage un centre sportif pour chaque zone et un centre administratif comprenant, « conformément aux accords d’ores et déjà intervenus avec chacune
des administrations concernées, un bureau des PTT, une inspection
centrale des contributions directes, un centre de paiement de la CPAM, une permanence ménagère et sociale (CAF), un
centre médical, 2 foyers de jeunes travailleurs, 2 crèches, une PMI […] une église en zone sud, une chapelle en zone nord ». « En liaison avec la municipalité de la Courneuve : un centre culturel » est également étudié16. Pour ce nouveau « centre urbain », l’Offi ce a enfi n prévu un centre commercial à « vocation régionale » avec commerces d’alimentation, d’habillement, d’ameublement,
d’entretien, d’hygiène et de santé, de restauration... Fortement industrialisé (essentiellement dans la métallurgie), la ville compte environ 20 000 habitants mais emploie plus de 30 000
ouvriers. Prétendant globaliser l’ensemble du chantier par souci de rationalité et d’économie, ajoutant notamment aux logements des équipements scolaires, l’Offi ce de la Ville de Paris s’appuie de fait sur la commune. Cependant, celle-ci n’est pas associée au programme et moins encore aux dimensions architecturales et urbanistiques du projet qui ignorent la ville existante, particulièrement en terme d’échelle urbaine. Offi ce public d’une ville sans maire, sous la tutelle du Préfet et du Gouvernement, l’OPHLM de la capitale ne peut envisager la moindre concertation, encore moins avec une ville de banlieue. Par ailleurs, La Courneuve n’a pas pleinement pris conscience des bouleversements qu’implique l’augmentation de sa population d’environ 15 000 personnes. Ainsi, dans l’article de 1959 paru dans Techniques &
Architecture 5 groupes scolaires et un lycée sont envisagés pour faire face à l’affl ux d’enfants à scolariser. Pour ces groupes scolaires, l’Offi ce de la Ville de Paris compte exclusivement
sur la commune de La Courneuve, quand bien même les Parisiens relogés là seront très nettement majoritaires (les 3 / 4 des logements leurs sont réservé). Progressivement, le projet inquiète la municipalité et la population. Celle-ci confi rme son ancrage communiste en élisant Jean Houdremont maire de la ville en mars 1959. Le 28 février 1961, une pétition sollicitant la participation de Paris à la construction des groupes scolaires prévus est rendue
publique par la commune. La ville reçoit le soutien du Conseil général de la Seine en décembre 1961. A l’automne 1962, les 1020 premiers logements sont livrés. Confortables, ils bénéfi cient
de salles de bain et de séchoirs et un certain nombre de logements sont traversants. Ils font la fi erté de l’Offi ce de la ville de Paris. L’Offi ce en vante les mérites en parlant d’un « anti
Sarcelles » et se réjouit des nombreuses visites de délégations étrangères dans la cité18. Outre les Parisiens et Courneuviens, ces premiers appartements sont également réservés à des Rapatriés d’Algérie, bien avant l’indépendance de l’Algérie. Cet affl ux d’une population nouvelle est mal interprété par la municipalité communiste qui y voit une stratégie politico électorale pour contrecarrer l’infl uence du PCF et lui faire perdre les prochaines élections municipales. La démarche équivalente menée par la SEMIDEP aux Courtillières à Pantin comme dans d’autres communes de la banlieue « rouge » étaye la thèse d’une démarche volontariste de l’Etat en la matière, par l’intermédiaire de la Préfecture de la Seine. Par ailleurs, les élus communistes de la Seine dénoncent la volonté des pouvoirs publics de vider la capitale de sa population ouvrière dans le cadre de la rénovation urbaine. Le chantier se poursuit à un rythme soutenu et de nouveaux logements sont livrés au cours des années 1963 et 1964 quand la « cité Bleue » - appelée ainsi en raison des carreaux
de céramique bleu qui colorent ses façades -, fait l’objet d’une première médiatisation, à la suite de violences entre bandes. En septembre 1964, après une fête de quartier, des jeunes de La Courneuve et de Saint-Denis s’affrontent en une « bataille rangée » : la fusillade fait trois blessés. L’ennui dans cette « cité géante de maisons de 25 étages » est pour la première fois incriminé par les journalistes20. L’émission 16 millions de jeunes de André Harris
et Alain de Sédouy, dans son numéro intitulé « Habitations à loisirs modérés », diffusée en décembre 1964, met en avant l’ennui qui règnerait dans les grands ensembles et quelques images sont tournées aux 4000. La « sarcellite » s’impose dans le langage journalistique et se généralise à d’autres grands ensembles. Dans la même période, un colloque scientifi que à l’UNESCO s’intéresse au malaise des grands ensembles où certains constatent une
augmentation des cas de suicides, de dépression ou d’alcoolisme, notamment chez les femmes. Jean-Luc Godard fait en 1966 le choix de tourner Deux ou trois choses que je sais d’elle aux 4000 plutôt qu’à Sarcelles. Il en donne une image comparable d’ennui et de
« dérèglement moral » régnant sur la cité, puisque son fi lm évoque les femmes au foyer se livrant à la prostitution. Outre cette dimension socio culturelle, les grands ensembles font; également l’objet de critiques en terme de géographie urbaine, notamment de la part d’Yves Lacoste, mais peu encore d’un point de vue technique Les « 4000 en colère » Moins d’un an après un article vantant le procédé Estiot dans Techniques et architecture, celui-ci montre ses limites et les malfaçons constatées notamment sur les
panneaux de façade décident l’Offi ce de la Ville de Paris à lancer une procédure judiciaire contre la SGTE24. Des infi ltrations d’eau et d’air, la mauvaise insonorisation sont, en effet, dénoncées par les locataires depuis de nombreux mois. Faute de fi nancements suffi sants et de subventions de l’Etat, les groupes scolaires ne sont toujours pas construits et les écoles existantes connaissent une surpopulation liée à l’achèvement de la cité et à l’affl ux de
population. En 1965, on compte ainsi une moyenne de 42 enfants par classe de maternelle et de 33 enfants par classe pour le primaire sur toute la commune. En octobre 1965, une
délégation de parents d’élèves se rend au ministère de l’Education nationale pour exiger des crédits supplémentaires pour les 5 groupes scolaires prévus depuis 1959. Les relations
de l’Offi ce de la Ville de Paris et de la municipalité de Jean Houdremont, réélu en mars 1965, se durcissent tandis que le lien administratif entre ces deux entités, le département
de la Seine, disparaît. Avec la réforme administrative de la région parisienne de juillet 1964, la capitale devient également un département tandis que La Courneuve intègre la Seine Saint-Denis née offi ciellement le 1er janvier 1968. Les habitants des 4000, eux, vivent de plus en plus mal le règlement intérieur drastique d’un côté et les malfaçons de l’autre : les guérites fermant l’accès de
la cité aux non-résidents sont brutalement démolies par les habitants, « tout comme les barrières de parking qui n’ont plus jamais été payants ». Cette réappropriation de l’espace par ses habitants se normalise avec la création d’une Amicale des locataires présidée par Maurice Bernard, habitant et élu communiste de la ville. Cette tension naissante entre la municipalité et l’Offi ce se traduit en octobre 1969 par la suppression progressive par l’Offi ce de la Ville de Paris du contingent de logements réservés aux
Courneuviens. Le maire réclame un « droit de suite », sans succès. Par ailleurs et plus largement, la cité des 4000 connaît très rapidement une vague importante de départs, les plus riches accèdent à la propriété quand les plus pauvres déménagent « à
la cloche de bois » pour échapper aux procédures judiciaires liées aux impayés de loyer. C’est désormais une forte proportion d’étrangers et de familles nombreuses qui emménagent à la cité des 4000, en surpeuplement chronique. En mars 1971, la cité est confrontée à un drame qui la place à nouveau à la une de l’actualité : le patron du café « Le Narval » tue un jeune homme de la cité. Les thèmes de l’autodéfense et de la violence des jeunes sont largement repris dans la presse et à la télévision. Ils font l’objet de
déclarations politiques dans un climat général marqué par des tensions sociales exacerbées par l’après Mai 1968 et la montée du chômage. Les obsèques du jeune homme sont suivies d’une manifestation de plus de 1000 personnes, émaillée d’affrontements avec la police. L’extrême droite tente de tirer profi t de ce climat et de nouveaux affrontements ont lieu entre militants communistes, d’extrême gauche et d’extrême droite durant les mois d’avril et de mai 197128. Le 8 juin, trois mois après la fusillade, une explosion endommage « Le Narval ». À ces violences sociales, s’ajoute une violence symbolique. Le 5 octobre 1971, le ministre de l’Equipement et du logement, Albin Chalandon, se rend à La Courneuve « incognito et de façon impromptue » selon l’A.F.P., mais en présence d’une équipe de télévision, et y déclare : « c’est la première fois que j’ai l’occasion de visiter un grand
ensemble et de me rendre compte des problèmes qui s’y posent », provoquant l’ironie du Canard Enchaîné, qui en fait le sujet de sa chronique « le mur du çon » en première page, et un début de polémique dans Le Monde, autour de cette « première fois » surprenante pour un ministre en poste depuis trois ans. Le ministre se rend ensuite à la Grande Borne à Grigny et dénonce « l’urbanisme dépassé » et stigmatise la « part trop importante de personnes inadaptées », le « corps social trop lourd [...] et inassimilable ». Il annonce également que la gestion des 4000 va être cédée à l’Offi ce départemental de la Seine-SaintDenis créé en 1970. Le ministre tire les conséquences de cette visite avec la circulaire du 3 novembre 1971 relative aux formes d’urbanisation adaptées aux villes moyennes, dite depuis « circulaire tours et barres ». Cette circulaire devient directive interministérielle le 21
mars 1973. Edictée par Olivier Guichard, ministre de l’Equipement, elle « vise à prévenir la réalisation des formes d’urbanisation dites «grands ensembles» et à lutter contre la ségrégation sociale par l’habitat ». Ce reniement d’une architecture et d’un urbanisme
soutenus jusqu’alors très fortement par les pouvoirs publics est contagieux. Le directeur de l’Offi ce de la Ville de Paris, fi er de la cité des 4000 dix ans plus tôt, s’en désintéresse très
clairement. La cité des 4000 connaît dès lors une période sombre. Au chômage grandissant sur fond de désindustrialisation de la région parisienne, surtout en banlieue nord, s’ajoute l’usage de drogues dures chez les jeunes entraînant une croissance de la délinquance au point qu’un commissariat « préventif » est installé dans la cité dès juillet 1973. En février 1975, on dénombre 20 000 habitants aux 4000. Cette surpopulation et l’abandon progressif
de la cité par son propriétaire sont d’autant plus mal tolérés que partout les conditions de logement s’améliorent ; ainsi les bidonvilles de La Campa à La Courneuve et du FrancMoisin à Saint-Denis, situés à deux pas, sont enfi n résorbés. La mobilisation de l’Amicale des locataires s’intensifi e quand le bailleur augmente les loyers : une centaine d’habitants manifeste devant la Préfecture de Paris en décembre 1974. La municipalité communiste soutient l’Amicale et dénonce publiquement le délabrement des 4000.
Outre leur solidarité avec les habitants, les élus expriment leurs inquiétudes face à la dégradation de la situation. Ils font également valoir leurs droits alors que l’Etat projette un tracé pour l’autoroute A 86 qui défi gurerait le sud-est de la ville. Ce projet de boulevard périphérique en banlieue doit en effet traverser le centre-ville de La Courneuve. Le tracé de l’autoroute A 1, pensé à la fi n des années 1950, à quelques mètres des 4000 Nord - au point qu’une insonorisation spéciale est prévue dès l’origine pour les logements -, leur a déjà été imposé. Il n’est donc pas question de céder sur l’A 86 qui remet en cause la zone d’aménagement concerté (ZAC) du centre-ville et le quartier des Quatre routes. Les élus communistes déclenchent l’opération « 4000 en colère » en multipliant les manifestations. Cela n’empêche pas les mesures à l’encontre des locataires en cessation de paiement se multiplier et les charges d’augmenter à leur tour. Les ,déménagements « à la cloche de bois » reprennent, progressivement une « grève des loyers » se met en place. En janvier 1976, les élus organisent un rassemblement pour empêcher les expulsions ordonnées par l’Offi ce de la Ville de Paris. En novembre, un Conseil municipal exceptionnel se tient dans
la cité pour maintenir la mobilisation politique des habitants. En décembre, la municipalité remporte une victoire : le tracé de l’A 86 est modifi é tandis que près de 1500 locataires des 4000 refusent publiquement de payer leurs loyers. Jacques Barrot, secrétaire d’Etat au Logement, accepte de recevoir les représentants des habitants. Il se désolidarise ainsi de l’Offi ce de la ville de Paris alors que la capitale vit sa première campagne électorale qui divise un peu plus une majorité présidentielle en crise. Les 4000, site pilote d’une politique de la Ville en gestation Au cours de l’année 1977, le comité interministériel Habitat et Vie Sociale (HVS), chargé
de coordonner « les actions et fi nancements des ministères concernés face à la dégradation très rapide de beaucoup d’immeubles construits dans les années 1960 », s’intéresse de
nouveau aux 4000. En effet, selon Bernard Poupard, l’organisateur des séminaires régionaux d’HVS en 1972, le meurtre de 1971 aux 4000 et son écho médiatique sont à l’origine de cette
initiative devenue politique publique33. Parallèlement, une partie des charges est remboursée aux locataires par l’Offi ce de la Ville de Paris sur pression du secrétaire d’Etat au Logement
qui déclare les loyers trop chers et les malfaçons incontestables. En mars 1978, mandaté par la Ville, Sebastião Salgado expose son travail photographique sur « les problèmes de logements et conditions de vie aux 4000 logements » au centre culturel Jean Houdremont inauguré un an plus tôt, au cœur des 4000 sud. Habitants et élus ne se démobilisent pas. Fin décembre 1978, les locataires votent contre le paiement des loyers du mois de décembre pour protester contre l’état des bâtiments. Une radio « libre », « Radio 4000 », émet durant 5 jours depuis le centre culturel avec le soutien de la municipalité. Le mouvement des locataires
se poursuit cependant les deux années suivantes34. En juin 1979, le Conseil municipal adopte le programme prévoyant l’entrée dans le dispositif HVS et la convention avec l’Offi ce de la Ville de Paris puis, en novembre 1980, le Conseil approuve l’option la plus radicale proposée par HVS, envisageant la démolition. Le 14 mai 1981, le principe d’un concours d’architecture et d’urbanisme «pour l’intégration dans la ville du grand ensemble des 4000 logements » est approuvé par le Conseil municipal. Son programme prescrit« d’abolir la coupure humaine et urbaine entre
les 4000 et le restant de la ville ainsi que l’ombre qu’ils projettent sur elle. […] Il est reconnu et admis de tous, que la municipalité de La Courneuve a vocation de veiller à la cohérence des différentes actions et à leur inscription dans un projet municipal35. » Il est donc prévu la destruction de 1400 logements des 4000
(les barres de 16 étages Ravel, Presov et Debussy sont visés alors que Renoir et Balzac ne doivent être démolies que partiellement), la reconstruction de 800 logements dans la cité et 800 hors des 4000, le percement de nouvelles voies mais aussi l’intégration de
l’autoroute A 86, dont le détournement du centre-ville est désormais acquis puisqu’elle doit s’adosser à la voie ferrée existante36. En septembre 1981, à la suite de l’été « chaud » dans
les banlieues, le ministre du Logement du gouvernement de Pierre Mauroy, Roger Quillot, visite les 4000. La municipalité présente au ministre son plan de rénovation et demande offi ciellement la gestion du patrimoine par le bais de l’Offi ce communal d’HLM.
En février 1982, le jury désigne les lauréats du concours : l’Atelier de projet et recherche en architecture et habitat (l’APRAH, constitué de Pierre Douaire, Ahmet et Florence Gülgönen, François Laisney, tous enseignants à l’école d’architecture Paris-Belleville) le
remporte et les projets de Bernard Paurd (membre de l’équipe « Eupalinos Corner » pour le concours de Marne-la-Vallée, enseignant à Paris-Belleville), Serge et Lipa Goldstein (formés à l’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture (AUA), installés à La Courneuve) et Renée Gailhoustet (reconnue pour sa rénovation du centre d’Ivry-sur-Seine avec Jean Renaudie) sont salués et exposés au sein du tout nouvel Institut français d’architecture en mars / avril
1982 . A la fi n d’avril 1982, se tient à La Courneuve la première réunion locale du dispositif « Développement social des quartiers » (DSQ), issue de la Commission nationale présidée
par Hubert Dubedout, député et maire socialiste de Grenoble, qui s’ajoute à HVS après l’alternance politique de mai 1981. Alors que le dossier de la dévolution du patrimoine de l’OPHLM de la Ville de Paris à l’OPHLM de la Ville de La Courneuve avance, une première étape est franchie en avril 1983 quand les espaces extérieurs sont repris en charge par la commune. Le 9 juillet 1983, les 4000 renouent avec le fait divers. Un enfant de dix ans, Toufi k, qui faisait éclater des pét**ds est tué à coup de carabine par un habitant excédé. Là encore, parce qu’il s’est déroulé aux 4000, ce meurtre devient le symbole du malaise des banlieues sur fond d’autodéfense, d’intolérance et de montée du Front national aux récentes élections municipales. La mort de cet enfant choque l’opinion publique et le drame est abordé en Conseil des ministres. Le 26 juillet, le Président de la République, François Mitterrand, accompagné de l’architecte Roland Castro, visite à son tour la cité. A la télévision, à la question « faut-il détruire les grands ensembles ? », le Président se prononce contre la démolition et plaide pour la réhabilitation, débloquant un budget conséquent avec l’injonction
de commencer les travaux au plus vite38. Les projets de démolition aux 4000 sont dès lors revus à la baisse. Cependant, la convention entre l’Etat et la Ville de La Courneuve d’une part et les Offi ces d’HLM de Paris et de La Courneuve d’autre part, portant sur la réalisation de travaux d’urgence et la réhabilitation d’une petite partie des 4000 (ensemble F. Villon) est signée par le ministre Roger Quillot, le maire James Marson et le président de l’Offi ce de
la Ville de Paris, Jean Tibéri, adjoint du maire de Paris, Jacques Chirac. Si la cité doit être cédée pour le franc symbolique, le contentieux judiciaire sur les malfaçons avec l’entreprise de gros œuvre, la SGTE n’est, lui, pas réglé. En juillet 1984, la dévolution des 4000 est effective, ils appartiennent désormais à l’OPHLM
de La Courneuve qui lance la rénovation des 4000 selon les résultats du concours de 1982 mais en réduisant les démolitions selon le vœu du Président de la République. En septembre
1985, les travaux de réhabilitation débutent dans les petites barres de logements dénommées F. Villon : un parement de brique est ajouté en façade, les logements sont agrandis et certains
pourvus de balcons. Pour ces logements, les architectes de l’APRAH expérimentent la mise en œuvre d’un concept urbain américain, bientôt appelé « résidentialisation », en offrant aux locataires en rez-de-chaussée un petit jardin privatif, dans le but affi ché de favoriser l’appropriation et de rompre avec l’anonymat. Par ailleurs, l’implosion programmée de la barre Debussy est désormais liée à la création de la nouvelle gare RER La CourneuveAubervilliers, jumelée à l’A 86, construction qui est également confi ée à l’APRAH. Longue de 185 m, haute de 45 m, la barre de logements appelée Debussy va permettre de créer la ZAC « de l’Orme seul », inscrite dans l’initiative Banlieue 89 pilotée par Roland Castro et Michel
Cantal-Dupart, où constructions neuves et réhabilitations sont envisagées par Catherine Furet, qui signe là sa première réalisation, et Serge et Lipa Goldstein. La ZAC du Moulin Neuf,
en périphérie des 4000 Sud, est aussi attribuée à l’APRAH tandis que l’architecte Laurent Israël ménage des « fenêtres urbaines » dans la barre Balzac pour ne plus faire de l’ombre à Braque et Joliot-Curie. Aux 4000 nord, Bernard Paurd travaille à la
réhabilitation de Verlaine et Barbusse. Jean et Maria Deroche (membres de l’AUA) travaillent, eux, à la réhabilitation du Mail de Fontenay et de Musset. Mais pour engager tous ces projets, il est impératif de démolir l’immeuble Debussy. Le 18 février 1986 à 13 h 07 précises, l’implosion est retransmise en direct à la télévision lors du journal télévisé. En 8 secondes, 600 kg d’explosifs détruisent la barre qui s’effondre en trois brefs soubresauts. Ce n’est pas la première démolition d’HLM en France, mais elle inaugure la médiatisation de ce type d’intervention. Site pilote de cette nouvelle politique publique, la cité des 4000 n’a cessé depuis d’être en rénovation. La ZAC de « l’Orme seul » s’est achevée, les barres Renoir, Ravel, Présov ont été successivement démolies en 2000 puis 2004. Depuis 2003, l’Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU) s’est substituée à la politique de la Ville en affi chant son ambition d’en corriger les carences et défauts. C’est avant tout à des sites emblématiques de la politique de la Ville que l’ANRU s’est attaqué en premier lieu, s’inscrivant de fait dans une forme de continuité, qui plus est avec les mêmes « recettes », telles les démolitions de Ravel et Présov en 2004. Cette politique ne peut toutefois rien contre les faits divers, ni leur instrumentalisation médiatico-politique. En juin 2005, un nouveau crime meurtrit la cité. Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, se rend sur place et déclare son intention « de nettoyer la cité au Kärcher », choquant une partie des habitants et de l’opinion publique. Fin octobre 2005, à la suite de la mort de deux jeunes hommes à Clichy-sous-Bois, les
violences urbaines se multiplient en Île-de-France mais aussi en province. Le Président de la République, Jacques Chirac, décrète l’Etat d’urgence durant près de deux mois,
instaurant un couvre-feu renforçant le sentiment de stigmatisation éprouvé par certains habitants de la banlieue. Aujourd’hui, la cité des 4000, ne compte plus qu’environ 2700 logements HLM. Malgré cela, la gestion de l’ensemble reste trop lourde pour l’OPHLM
municipal qui a, depuis, cédé les 4000 sud à l’OPHLM départemental et les 4000 nord à l’Offi ce de la Communauté d’agglomération42. Alors que l’intervention sur les premières
réhabilitations menées dans la décennie 1980 s’avère désormais nécessaire, de nouvelles équipes de praticiens interviennent aux 4000 pour ré-urbaniser les terrains libérés. De nouveaux logements sortent de terre, moins nombreux et moins « sociaux », pour « favoriser la mixité », tandis que de nouvelles démolitions sont prévues dans les cinq prochaines années. Cas d’école pour les urbanistes, malgré une excellente desserte (le tramway, le RER, le métro, l’A 1, l’A 86) et sa grande proximité avec Paris, La Courneuve ne parvient pas à bénéfi cier de son bon emplacement en terme de développement économique. Les choix faits en 1983 par le Chef de l’Etat, faisant fi du local et de la dynamique initiée par
les élus municipaux, ont ralenti la rénovation mais aussi le changement d’image de la ville. Celle-ci, érigée en symbole médiatique de la délinquance et des violences urbaines est, en
effet, rester prisonnière des « 4000 » et des généralisations abusives sur « la » banlieue. Après trente années d’investissements publics, il semble légitime de poser des questions sur l’effi cacité de la politique de la Ville face aux attentes des habitants, lassés du chantier et des clichés, et des élus, dépassés par l’enchevêtrement de dispositifs techniques complexes continuellement renouvelés. Car si elle n’en fi nit pas de se transformer, La Courneuve peine
à se faire oublier. NNOTES 1 Bachmann (Christian), Basier (Luc), Mise en image d’une banlieue ordinaire. Stigmatisation urbaine et
stratégie de communication, Paris, Syros Alternative, 1989. Pour une approche plus historienne, on se
reportera utilement aux contributions de A. Prost, A. Fourcaut, C. Mengin, entre autres, dans le numéro
spécial : « Villes en crise ? », Vingtième Siècle. R***e d’histoire, n° 64, oct. - déc. 1999.
2 Diez (Ricardo), Un hombre de Castilla, Saint-Denis, témoignage conservé aux Archives départementales,
9 J 265, grâce aux recherches de N. Lillo. Ville de la Courneuve, bulletin municipal, 1953-1956, trois années de gestion au service des masses laborieuses de la Courneuve, 1957, 24 p., 23-10 Per, AD de la
Seine-Saint-Denis 3 Le Time Magazine lui consacre même un article, le 10.11.1947.
4 Bellanger (Emmanuel), Michel (Geneviève), Pantin. Mémoire de ville, mémoires de communaux 19ème20ème siècle, Pantin, Archives municipales de Pantin, 2001, 264 p., p., et Collectif, Contribution au diagnostic du patrimoine de la commune de Bagnolet, Patrimoine en Seine-Saint-Denis, Conseil général de la
Seine Saint-Denis / Ville de Bagnolet, Pantin, 2006, 181 p., pp. 77-81, Collectif, Contribution au diagnostic
du patrimoine de la commune de Pantin, Patrimoine en Seine-Saint-Denis, Conseil général de la Seine
Saint-Denis / Ville de Bagnolet, Pantin, 2004, 134 p., pp.103-105 (accessible sur www.atlas-patrimoine93.
fr).
5 Lucan (Jacques) (dir.), Eau et gaz à tous les étages : Paris, 100 ans de logement, Paris, Pavillon de l’Arsenal / Picard, 1992, 279 p., pp. 118-151.
6 Service documentation et archives de La Courneuve et Ville de la Courneuve, bulletin municipal, 1953-
1956, trois années de gestion au service des masses laborieuses de la Courneuve, 1957, 24 p., cote
: 23-10 Per, AD de la Seine-Saint-Denis, et Ville de La Courneuve, bulletin municipal de janvier 1966,
supplément au Journal d’Aubervilliers n° 1065 du 28 janvier 1966, 16 p., cote : 23-10 Per, AD de la SeineSaint-Denis.
7 Le mépris pour la « marée pavillonnaire » typiquement « banlieusarde » est alors quasi unanime, sur la
construction hors les murs de l’OPHLM VP, voir notamment Texier (Simon), Paris, grammaire de l’architecture XXè-XXIè siècles, Paris, Parigramme, 2007, 293 p., pp. 162-164. 8 Dans un entretien accordé à B. Champigneulle pour le Figaro Littéraire du 15.08.1959, P. Sudreau déclare
« avoir été profondément heurté, au cours de récents déplacements à travers la France, par de fl agrantes
erreurs architecturales ». La schizophrénie du ministère sous Sudreau a été mis en évidence par Annie
Fourcaut, « Trois discours, une politique ? », dossier « Le grand ensemble, histoire et devenir » coordonné
par Thierry Paquot, Urbanisme, n° 322, janvier-février 2002, pp. 39-45.
9 « La Courneuve, projet de centre urbain HLM », Techniques et Architecture, n° 4, juillet 1959.
10 Ce projet est publié dans Techniques et architecture, n° 3, juillet 1957. Tambuté ne réalisera « que » 3287
HLM pour l’Offi ce d’HLM de la Seine sur la seule ville de Stains (ensemble du Clos Saint-Lazare).
11 254 logements, avenue H. Barbusse et 182 rue de Dugny (Delacroix), 190 logements rue A. France et
61 rue de la Convention (Tambuté) 12 Courant 1964, la SGTE obtient ainsi le marché du Clos Saint-Lazare, partie stanoise du grand ensemble
de Stains / Saint-Denis / Pierrefi tte-sur-Seine, portée par l’OPHLM de la Seine. L’Offi ce de la Seine est incité à ce choix par le ministère de la Construction, les maîtres d’œuvre sont les mêmes (C.A. du 2.10.1964,
AN 910322, art. 59).
13 Ces citations sont extraites d’un document de présentation des 4000 conçu par l’OPHLM de la Ville de
Paris en 1964, W 6377, Archives municipales de La Courneuve.
14 Cet ensemble sera ensuite complété par 314 logements face aux 4000 Nord, aux n° 30, 40 et 50 avenue
H. Barbusse.
15 Sont ainsi honorés : M. Ravel, C. Debussy, A. Renoir, G. Braque, F. Villon, A. de Musset, H. de Balzac, F.
Joliot-Curie, P.Verlaine, mais aussi M. Robespierre et R. Salengro et la ville de Presov en Tchécoslovaquie. 16 En juin-juillet 1962, l’OPHLM VP commande un numéro spécial à la r***e Techniques et Architecture
pour mettre en avant son bilan depuis 1947 et valoriser ses nouvelles réalisations.
17 Selon le témoignage de James Marson, maire de La Courneuve de 1973 à 1996, sénateur de 1975 à
1986 (entretien de février 2008 avec F. Bouveau et J.M. Roy, AM de La Courneuve).
18 Témoignage de M. Bernard, élu communiste de La Courneuve et habitant des 4000, Collectif, Les
grands ensembles entre histoire et mémoire, DIV, journée d’étude du 24.04.01, juin 2002, 47 p., pp. 11-
12, entretien de l’auteur avec J. Isabet, maire de Pantin (1977-2001), du 09.02.04, Landauer (Paul), Pouvreau (Benoît), « Les Courtillières, une cité singulière pour une histoire ordinaire », Espaces et sociétés,
n° 3, 2007, Lucan (Jacques) (dir.), Eau et gaz à tous les étages …, Paris, op. cit., pp. 130-131.
19 Journal radiophonique, diffusé le 16.09.1964. A ce sujet, on se reportera utilement à Mucchielli (Laurent),
Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français, Paris, La Découverte, 2002 et à Ambroise-Rendu (Anne-Claude), Crimes et délits. Une histoire de la violence de la Belle Époque à nos jours.
Paris, Nouveau Monde éditions, 2006 20 Colloque organisé par le Centre National pour l’Amélioration de l’Habitat, du 21 au 23.01.1960.
21 Le fi lm sort en mars 1967. Merci à Camille Canteux pour ses informations sur les représentations des
4000 au cinéma et à la télévision, Canteux (Camille), « Les cités dans l’imaginaire », Urbanisme, n° 322,
janvier-février 2002, pp. 75-76. En 1987, J.P. Lebel, assistant sur le fi lm de J.L. Godard, fi lme la cité 20 ans
après dans Notes pour Debussy … Lettre ouverte à J.L. Godard, fi lm documentaire.
22 Lacoste (Yves), « Un problème complexe et débattu : les grands ensembles », Bulletin de l’association
des géographes français, n° 318-319, 1963.
23 « L’industrialisation du bâtiment », Techniques et architecture, n° spécial, mai-juin 1965, n°4.
24 Collectif, Une histoire de la Seine-Saint-Denis au XXème siècle, CD Rom, Conseil général de la SeineSaint-Denis, Archives départementales, 2005.
25 Témoignage de M. Bernard, Collectif, Les grands ensembles…, DIV, op. cit., pp. 11-12. Le quartier des
4000 est décidément à part dans la ville : le ramassage des ordures ménagères y est effectué par le service de propreté de la Ville de Paris, dont le dépôt est situé tout près, à Aubervilliers. 27 En 1971, « selon le décompte de la police, la cité des 4000 compte : 17 000 habitants dont 10 800 d’origine métropolitaine, 5500 rapatriés d’Afrique du nord dont 2800 Juifs, 500 Nord-Africains et 200 étrangers
de nationalités diverses », (Collectif), Une histoire de la Seine-Saint-Denis au XXème siècle, CD Rom,
Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Archives départementales, 2005. La ville compte aujourd’hui
environ 80 nationalités pour 35 000 habitants. 29 « Ce n’est pas croyable ce que ces gens là sont mal informés ! », conclue Le Canard Enchaîné, du
13.10.1971, et Le Monde du 7 et du 8.10.1971.
30 Cité in Bachmann (Christian), Le Guennec (Nicole), Violences urbaines - Ascension et chute des classes
moyennes à travers 50 ans de politique de la ville, Paris, Albin Michel, 1996, 557 p., p. 258.
31 Selon le témoignage de James Marson, l’Offi ce de la ville de Paris s’y oppose en posant des exigences
inacceptables pour l’Offi ce départemental d’HLM et la ville (entretien de février 2008 avec F. Bouveau et
J.M. Roy, AM de La Courneuve).
32 Dias (José Martins), Aménagement de La Courneuve 1924-1972, Paris, IUP, 1972, p. 94. 33 Habitat et vie sociale. Colloque de Dourdan, février 1973. Rapport de synthèse, ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Equipement, du Logement et du Tourisme. Se reporter également à Tanter
(Annick), Toubon (Jean-Claude), « Le mouvement HLM dans la construction de la politique de la ville » in
Baudin (Gérard), Genestier (Philippe), (dir.), Banlieues à problèmes. La construction d’un problème social
et d’un thème d’action publique, Paris, La documentation Française, 2002, 252 p., pp.47-68.
34 Ainsi, le mouvement des loyers impayés aux 4000 fait l’objet d’un reportage dans le journal télévisé
d’Antenne 2, le 7.03.1980. 35 Programme de restructuration, Commission nationale pour le développement social des quartiers, 1981.
36 Témoignage de B. Barre, directeur de l’urbanisme à La Courneuve : « Dépenser 120 000 F par logement pour un résultat incertain ne constituait-il pas un énorme gâchis et ne valait-il pas mieux engager
dès aujourd’hui un processus de reconstruction des bâtiments qui présentaient les plus graves défauts,
ceux pour lesquels la réhabilitation n’était qu’un pis-aller ? C’est pourquoi le Conseil municipal a retenu de
démolir les barres de 16 niveaux, dites de type D, qui présentaient les plus graves défauts d’habitabilité,
qui projetaient leur image sur la cité toute entière et fermaient la cité à la ville », « La Courneuve, cette ville
qui a besoin de tendresse », R***e « H », n°72, mars 1982.
37 Exposition « Ensemble des 4000 à La Courneuve » de l’IFA, présentant les 7 projets du concours de
janvier 1982, W 6377, AM de La Courneuve.
38 Transcription de l’intervention de F. Mitterrand, TF1, 26.07.1983, W 6377, AM de La Courneuve 39 Les réalisations de l’Orme seul sont exposées en 1986 à l’IFA dans le cadre de l’exposition Banlieue 89
et est lauréat du palmarès de l’habitat en 1990, année où la ville de La Courneuve reçoit le label banlieue
89.
40 Robert (Jean-Paul), « Album de La Courneuve », L’Architecture d’Aujourd’hui, octobre 1988, n° 259 41 Les premières démolitions ont lieu à Villeurbanne en 1978-1979 puis, au tout début de la décennie
suivante, dans l’Est de la France, mais dans la discrétion, et par des bailleurs sociaux étroitement liés à
l’activité industrielle en crise.
42 Respectivement, l’Offi ce Public d’Habitat de la Seine-Saint-Denis et l’OPAC Plaine Commune Habitat.
43 Merci à F. Bouveau, L. Magre et J.-M. Roy, Ville de La Courneuve, à J. Clesse et t E. lohr, Conseil général
de la Seine-Saint-Denis, à E. Laurentin, E. Lafon, D. Voldman et à M. Bernard.

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42000, 42100

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