29/10/2021
Voici un extrait de la préface de Matthieu Ricard pour la ré-édition de "Vers la Sobriété heureuse" (Actes Sud) : "Comme le montre Pierre Rabhi de manière lumineuse, élégante et sans concessions, la sobriété heureuse, ou encore la simplicité volontaire, ne consiste pas à se priver de ce qui nous rend heureux — ce serait absurde — mais à mieux comprendre ce qui procure une satisfaction véritable et à ne plus être assoiffé de ce qui engendre davantage de tourments que de bonheur. La simplicité va de pair avec le contentement.
Dans l’esprit de nombre de gens, la « sobriété », pire l’austérité, évoque la privation des plaisirs quotidiens, une vie morne et des restrictions interdisant de s’épanouir librement dans l’existence. Mais, comme le montre bien l’auteur de Vers la sobriété heureuse, "La liste serait longue de tous les superflus qui ont précipité l’histoire dans les pires convulsions, au détriment du nécessaire. »
La crise écologique et climatique qui est le grand défi du XXIe siècle est en grande partie une crise du superflu. Un américain moyen produit deux cents fois plus de CO2 qu’un Zambien et un Qatari deux mille cinq cents fois plus qu’un Afghan.
Il y a quelques années, dans une grande ville américaine, je suis tombé sur une file de plusieurs centaines de personnes, longue d’un demi-kilomètre, qui attendaient l’ouverture, deux heures plus t**d, d’un magasin où des foulards de marque allaient être vendus pour 200 dollars au lieu de 600 ! L’image d’une longue file de femmes népalaises qui attendaient immobiles, au petit matin, de pouvoir acheter quelques litres de kérosène pour faire la cuisine a surgi en mon esprit.
(...) « Simplifiez, simplifiez, simplifiez ! » écrivait le Henry David Thoreau. Simplifier ainsi ses actes, ses paroles et ses pensées, c’est ne pas se laisser accaparer par des activités et des ambitions qui dévorent le temps et n’apportent que des satisfactions mineures et se contenter matériellement de ce qui est utile et nécessaire à une vie saine et décente sans désirer le superflu. La simplicité volontaire peut être ressentie comme un acte libérateur. Elle n’implique donc pas de vivre dans la pauvreté, mais dans la sobriété. Elle n’est pas la solution à tous les problèmes, mais elle peut certainement y contribuer."
Merci Matthieu !