17/01/2023
L’immeuble sis 9 boulevard de Strasbourg dénommé Palais Paris-France a une histoire liée à celle du XXème siècle.
En effet, en 1911 un permis de construire est déposé le 26 septembre par la société d’architectes Lamazière et fils (basé à Saint-Etienne), afin d’édifier pour le compte de la société Paris -France un immeuble à usage d’exploitation commerciale, pour les magasins « aux Dames de France » sur un terrain situé à l’angle de la rue H. Pastureau et H. Duprat.
Malheureusement l’immeuble a été complètement détruit pendant la deuxième guerre mondiale, et la société Paris France propriétaire de la parcelle demande en 1950 à Pierre de Montaut ainsi qu’à sa femme Adrienne Gorska de construire un immeuble mixte (habitations, bureaux, magasin en rez-de-chaussée).
Comme le Palais Paris-France, cette femme singulière incarne aussi les bouleversements de ce siècle; elle est russe et émigre en France en 1917, sa soeur Tamara de Lempicka peintre et égérie des années folles lui présente Robert Mallet-Stevens (architecte de la villa Noailles, de la villa Cravois).
Elle devient son élève, obtient son diplôme d’architecte, fait partie de l'union des artistes modernes.
Par la suite elle participe à la construction du pavillon de Pologne pour l’exposition internationale des "arts et techniques" de 1937, se fait connaître en construisant avec son mari de nombreuses salles de cinéma pour le compte de la société Cinéac.
Concernant l’immeuble, le maire de l’époque de concert avec le ministère de la reconstruction se réjouit du projet et l’encourage.
Dès lors un dialogue entre les différents opérateurs s'installe, Maire de Toulon, société Paris-France, Directeur du service contentieux de Pathé, services de l’Urbanisme et de l’Hygiène de Toulon, ministère de la reconstruction et s’accordent sur ce projet.
Néanmoins le Directeur du service de l’hygiène de l’époque émet quelques réserves à l’avant projet des architectes, concernant les larges surfaces vitrées préconisées, étant donné que cela posait selon lui des problèmes de chauffage en hiver et de ventilation en été, dûent à l’inadaptation du système envisagé au climat toulonnais.
Il rajoutera également dans ses réserves que l’immeuble projeté est une « hérésie » en regard des immeubles environnants.
Il semble manifestement que la volonté des architectes était de marquer l’horizontalité de la façade en la rythmant uniquement de bandeaux longitudinaux faïencés superposés, mais aussi en simplifiant sa composition (aucune modénature); ce qui a pour effet pour le "Palais Paris-France" d’être en rupture avec le style des immeubles adjacents mais en total accord avec la ligne et la perspective des boulevards qui le bordent.
Cet immeuble de plan en U qui respecte le gabarit environnant est composé de cinq étages sur rez-de-chaussée, caractérisés de bandeaux filants recouverts de faïence beige; surmonté et couronné de deux niveaux en attique avec terrasse ceints par des gardes corps filants, coiffé d’un toit terrasse, ponctué et cantonné de tours rotules faisant office de circulation verticale, en écho aux projets des années 1930 de Mallet-Stevens.
A noter que le soubassement sert de vitrine commerciale, et comme pour l’immeuble haussmanien la cour intérieure revêt une importance fondamentale, puisqu’elle permet de véhiculer plus de lumière naturelle à tous les locaux ainsi qu’au magasin situé en rez-de-chaussée, par le truchement de verrières zénithales.
Aussi il est interessant de constater que même si l’une des idées stylistiques directrices de l’époque, c’est à dire le rapport spatial entre mur et fenêtre (vide et plein) tend à s’effacer, laissant pour leur substituer qu’une paroi de verre (baie bandeau) ; la fenêtre s’avançant vers le nu extérieur, consacre la paroi-fenêtre porte-parole d’une génération d’architectes séduits par la conception toute nouvelle de la façade vitrée.
Or dans le cas d’espèce, les architectes ont à la fois respectés les principes édictés par le modernisme, tout en respectant et en reprenant les principaux traits de composition de façades voisines plus classiques.
Il n’y a pas d’opposition dans leur réflexion, mais plutôt une passerelle entre le classique et le moderne à l’image de cet immeuble incurvé s’articulant parfaitement sur cette parcelle et faisant le lien entre le passé et l’avenir.