27/02/2026
Une page d'histoire.
« Héros méconnu de l’épopée napoléonienne, Eugène de Beauharnais (1781-1824) est né du premier mariage de l’impératrice Joséphine avec le général de Beauharnais, guillotiné sous la Terreur. Fils adoptif de Napoléon, vice-roi d’Italie, chef d’armée, prince allemand, il occupe une place centrale et originale dans l’univers impérial. La rencontre de sa mère avec Bonaparte détermine son existence. Napoléon voue à Eugène une grande affection, l’éduque, le forme à la guerre et à la politique, le marie à la fille du roi de Bavière et l’adopte solennellement en 1806. Il le prépare à lui succéder en lui déléguant le gouvernement de l’Italie comme vice-roi et en lui confiant des armées. Eugène fait alors ses preuves et paraît appelé à gouverner un jour l’Empire ou à en assurer la régence pour le roi de Rome. Le destin en décida autrement après le divorce de Napoléon, son remariage avec Marie-Louise et la naissance de l’Aiglon.
Eugène de Beauharnais fut le seul de la famille impériale à répondre parfaitement à l’idéal napoléonien de fusion sociale et d’intégration européenne. Très populaire, il laisse une image associant le sérieux de l’homme d’État en Italie et la bravoure du soldat français en Russie, à la gaieté, la jeunesse, l’amour aussi, très romanesque, avec sa jeune épouse. Sa descendance nombreuse a fait d’Eugène l’ancêtre de presque tous les souverains européens. »
Eugène de Beauharnais meurt le 21 février 1824 d’une attaque d’apoplexie à Munich, il avait à peine quarante-deux ans. Il est le fils biologique de Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie (alias Joséphine) et du Vicomte Alexandre de Beauharnais.
Né le 3 septembre 1781 à Paris, Eugène voit son père guillotiné peu avant la purge thermidorienne qui emportera Robespierre. Son père Alexandre meurt en effet le 23 juillet 1794, Robespierre le 28 de ce même mois de juillet.
Moins de deux ans plus t**d, Eugène voit sa mère s’engager dans une histoire passionnée avec l’officier Bonaparte venu d’Ajaccio. Avec lui, Eugène participe notamment à la campagne d’Italie, ainsi qu’à la campagne d’Egypte ; il est promu chef d’escadron après Marengo.
Devenu un des plus fidèles généraux de l’Empereur, Eugène devient officiellement le fils adoptif de l’Empereur en 1806.
En 1806, Napoléon est alors à la croisée des chemins. Soit il reconnaît Eugène comme son successeur, il peut alors s’inscrire dans les pas des premiers Empereurs romains dont le titre pouvait se transmettre par l’adoption et non par le sang. Soit cette adoption n’ouvre aucun droit sur le trône impérial, dans ce cas Napoléon doit divorcer de Joséphine et choisir une épouse capable de lui faire un héritier.
Sur insistance notamment de Talleyrand, Napoléon choisira la deuxième option ; il divorce de Joséphine en 1809 tout en gardant des liens de confiance avec Eugène. Ce dernier participe à la campagne de Russie de 1812 et est même l’un des rares à réussir sa retraite en jouant au chat et à la souris avec les soldats de Koutouzov et de Tchitchagov.
Titré vice-roi d’Italie, il est envoyé dans la péninsule en 1813 pour réprimer les révoltes anti-françaises qui se propagent. Il ne participe donc pas à la campagne d’Allemagne perdue par Napoléon, ni à la campagne de France qui s’en suit.
A la même période, il parvient à résister aux Autrichiens qui tentent de reprendre pied en Italie. Il les bat notamment à Mincio le 8 février 1814. La première abdication de Napoléon rebat les cartes des titres en Europe, Eugène perd celui de vice-roi d’Italie.
Il participe au congrès de Vienne de 1815 en espérant y obtenir de nouvelles charges et une rente correspondante. Informé du retour de Napoléon en France, Eugène est soigneusement surveillé pour s’assurer qu’il ne tente pas de quitter Vienne pour rejoindre son père adoptif.
Il apprend la défaite de Waterloo dans la capitale autrichienne, puis quitte Vienne pour Munich après l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène. Il refuse tout rôle politique ou militaire et se contente de gérer le duché de Leuchtenberg (en Bavière) reçu de son beau-père.
C’est à Munich qu’il meurt moins de trois ans après la disparition de Napoléon à Sainte-Hélène, le 21 février 1824. Si Napoléon avait choisi de faire d’Eugène son héritier pour le titre impérial en 1806, la face de l’Europe aurait pu en être bouleversée. Nous commémorions en 2024 le 200e anniversaire de sa mort.
Illustration : François Gérard (1770–1837) Eugène de Beauharnais en petit uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la garde consulaire, 1802, Hôtel Beauharnais.
Source citation : Michel Kerautret, « Eugène de Beauharnais, fils et vice-roi de Napoléon », édiitons Tallandier, 2021.
Pour aller plus loin : René Blémus, « Eugène de Beauharnais, L'honneur à tout vent », Éditions France-Empire, Paris, 1993.
202 ans jour pour jour, 21 février 1824.