23/10/2019
Incroyable destinée ! Tout commença en 1664 avec la création de la Compagnie française des Indes orientales. Alors que les Anglais entamaient à peine leur conquête de l’Inde, la France établissait un petit poste à Surate d’abord, puis un autre à Pondichéry en 1670.
Pourquoi ce site géographique au bord de la baie du Bengale ? Ce n’est qu’une longue côte plate, sans rade, sans port, juste un long quai en bois. Les bateaux jetaient l’ancre au large et on débarquait les marchandises sur des barques ballottées par les vagues.
Le colon François Martin fonda une manufacture de toiles peintes, article fort demandé en France. Le comptoir prit son essor. Enhardi par son succès, Martin créa de nouveaux comptoirs à Chandernagor en 1690, et à Calicut en 1701. À sa mort, il laissait une ville remarquable par sa beauté, la largeur de ses rues, l’architecture de ses bâtiments administratifs.
Nommé gouverneur de Pondichéry en 1742, voici le célèbre Dupleix qui favorisa l’expansion de l’Inde française et l’embellissement de la ville. Au siècle des Lumières, Pondichéry était une des villes les mieux agencées de la côte du Coromandel.
Ce grand administrateur fut aussi un aventurier peu recommandable qui s’enrichissait sur le dos de la compagnie. Peu importe, grâce aux habiles intrigues diplomatiques de Dupleix, « l’Inde française » n’a jamais été aussi influente. Fin 1752, elle s’étendait sur l’immense Deccan (grosso modo le nord de l’Inde actuelle), où résidaient seulement quelques dizaines de Français !
L'oublie
Pondichéry sombre ensuite dans le déclin et l’oubli. Après 23 ans d’occupation, les Anglais la restituent à la France en 1816. Paris récupère une ville ruinée, envahie par les herbes folles. Les nouveaux gouverneurs successifs s’attachent à la reconstruire.
Les bâtiments publics sont restaurés, comme l’hôtel du gouvernement, un palais de 1768, œuvre de l’architecte Bourcet, le monument le plus remarquable de Pondichéry, « irruption du siècle des Lumières dans l’univers tropical indien ». Sous le Second Empire, elle retrouve son lustre d’antan, mais elle a perdu sa prépondérance économique.
Pondichéry invite à la rêverie et engendre la nostalgie. Pierre Loti y passe en 1900 : « Oh la mélancolie d’arriver là, dans cette vieille ville lointaine et charmante où sommeille, entre des murailles lézardées, tout un passé français ».
Un voyageur note que « les lymphatiques y deviennent nerveux, les nerveux irritables, les irritables enragés et les enragés mordent ». La vie semble belle, mais elle est loin d’être facile. Les scorpions, les scolopendres et les serpents pullulent. Un climat accablant, toujours la chaleur !
À la fin du 19e siècle, la confection reste une activité rentable, les cotonnades de Pondichéry continuent d’envahir les marchés coloniaux de l’empire français (Afrique, Indochine).