22/11/2023
LA FAILLITE DE L’ÉTAT MALIEN
FIN….
J’ai été comblé d’avoir publié et partagé avec vous les extraits du livre du Dr Choguel K Maiga, intitulé : ‘’ La faillite de l’Etat Malien’’, cela, en 11 publications.
C’est la fin de ces partages : Merci à vous 🙏🏿
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La crise : comment en sortir ? L'unité d'action pour le sursaut national et patriotique. Les clarifications qui s'imposent.
Le tragique que vit le Mali n’est ni inédit ni unique : il a connu des moments plus terribles dans le cours de son histoire et d'autres peuples ont vécu ce qu'il vit actuellement. Le tragique n’est pas synonyme de chute irréversible. Déterminé, un peuple finit toujours par se relever et prendre son destin en main. Le peuple du Mali se relèvera. Le sursaut national auquel il ne peut se dérober suppose des préalables et des actes
1. Les préalables
Pour que le sursaut national et patriotique soit possible, trois préalables sont à satisfaire.
En premier lieu, il incombe au gouvernement malien de changer de comportement pour restaurer la confiance entre le Peuple et ceux qui ont en charge son destin. Le changement attendu concerne aussi bien la politique intérieure que les relations avec les autres acteurs de la crise.
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Concernant la politique intérieure, le gouvernement doit changer de façon radicale la manière de gérer le pays et ses ressources. C’est le premier gage de la restauration de la confiance entre les autorités et le Peuple.
En ce qui concerne les relations avec les autres acteurs de la crise, un langage de vérité doit être tenu. Le Peuple a le droit de connaître ce qui est réellement conclu avec la France et la Communauté internationale, ce qui est réellement décidé en son nom pour en finir avec la rébellion.
Du déclenchement de l’opération Serval à ce jour, il subsiste beaucoup de zones d’ombre. En particulier, cinq ans après son déclenchement, le Peuple malien doit connaître, pour appréhender son futur avec sérénité : les objectifs stratégiques de la France et de la Communauté internationale, les conditions de leur engagement militaire au Mali, le contenu réel donné à l’expression « intégrité du territoire malien », les vraies raisons du soutien apporté aux rebelles séparatistes, la sanctuarisation de Kidal.
Le Peuple malien a également le droit de connaître les raisons pour lesquelles toute une série de décisions sont prises par la France à son insu, en son nom et à 1’ insu des peuples du Sahel. Lesquelles décisions sont toutes mises en œuvre au nom de « la lutte contre le terrorisme » qui, cependant, ne cesse de gagner du terrain depuis plus de six ans.
La France est, actuellement au Mali, sans mandat de l’ONU, sans l’accord de ses parlementaires, depuis la mutation de Serval en Barkhane. Or, la situation ne cesse de se dégrader sur le terrain avec la multiplication des morts dans les rangs de son corps expéditionnaire. Elle commence à être embarrassante. Aussi, profitant de l’émotion créée par la mort de treize de ses soldats dans un accident d’hélicoptères, elle cherche à légitimer son action au Sahel.
C’est là, la vraie raison de la rencontre de Pau, initialement prévue le 16 décembre 2019 et qui s’est finalement tenue le 13 janvier 2020. Il s’agira, ni plus ni moins, d’obtenir des chefs d’État membres du G5 Sahel, un mandat, un support politique et juridique, dont il pourra se prévaloir face à l’opinion publique française, aux peuples africains qui s’interrogent de plus en plus sur le sens de son intervention et à la Communauté internationale, singulièrement au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Le langage de vérité doit être tenu également par le gouvernement du Mali vis-à- vis des rebelles séparatistes de la CMA qui continuent, avec les derniers congrès du HCUA et du MLA tenus à Kidal, de se démarquer de l’esprit d’État unitaire du Mali en perpétuant leur statut de mouvement « politico-militaire ». Qu’adviendrait-il si les autres ethnies du Mali créaient des mouvements politico- militaires ?
2. Les actes
Une fois les préalables concrétisées, il incombe au gouvernement malien d’engager une série d’actions en vue de refonder l’État. Ces actions sont à mener sur deux fronts avec la distinction entre ce qui doit être fait au plan intérieur et ce qui doit être attendu de la Communauté internationale.
Au plan intérieur, la première action à engager concerne la création des conditions de l’union sacrée de tous les patriotes. La crise multidimensionnelle née des événements qui se sont succédé de janvier à avril 2012 est, actuellement, exacerbée par l'extension de se méfaits à l'ensemble du pays, voire de la sous- région. La classe politique comme la société civile sont fragmentées, ce qui ne peut que faire le jeu des multiples adversaires.
Il revient au Président de la République chef de l’État de fédérer sur la base d’un engagement patriotique. Seule l’unité d'action des patriotes permettra la mobilisation du Peuple au sein d’un mouvement de résistance face aux multiples tentatives de division du Mali.
La Résistance face aux forces centrifuges acquises à la partition du Mali doit s’accompagner de la réhabilitation des Forces de Défense et de Sécurité. Cette réhabilitation passe par la réalisation de quatre objectifs dont l’atteinte est à envisager concomitamment : l’inversion des rapports des forces sur le terrain militaire, la reconquête des zones occupées du territoire national, le cantonnement et le désarmement de toutes les milices armées, la sécurisation des personnes et de leurs biens, le redéploiement de l’Administration pour une bonne distribution des services sociaux de base.
Contre les rebelles séparatistes, trois actions sont à mener. D’abord, il urge de mettre fin à la prime au séparatisme : distribution sans aucun mérite de sommes d’argent, octroi de faveurs de toutes sortes, en particulier, distribution de grades et d’avancements dans la Fonction publique et dans l’Armée. Une telle pratique doit être abandonnée car elle encourage la perpétuation de la crise. Celle-ci finit par devenir un lucratif fonds de commerce dans les mains de quelques individus qui prennent la majorité des populations du nord du Mali en otages et perpétuent le caractère cyclique de la rébellion au nord du Mali.
Ensuite, la relecture consensuelle de Y Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d'Alger s'impose. Quatre ans après sa signature, il n’a eu, comme effet, que de contribuer au pourrissement de la situation. Cela profite aux rebelles séparatistes qui ont obtenu par son intermédiaire ce qu’ils n’ont pas pu obtenir par les armes. De même, le pourrissement contribue à la réalisation de la stratégie visant à rendre irréversible le processus de partition du Mali à plus ou moins long terme.
Enfin, l’attitude face aux rebelles séparatistes doit être clarifiée. A la rébellion, il n'existe qu’une solution : que ceux qui l'ont déclenchée y renoncent. Les dirigeants séparatistes qui s’inscrivent dans la dynamique d’un Mali un et indivisible, laïc et démocratique, doivent être traités avec égards. Ceux qui continueront à vouloir casser le Mali doivent s’attendre à faire face à l'Armée Nationale, force légitime de l’État, aux rigueurs de la loi et à un puissant mouvement national et patriotique de résistance contre toutes les velléités de partition du Mali et ce, à court, moyen et long termes.
Telles sont les actions à entreprendre au plan intérieur.
Au plan international, une clarification s’impose pour bien différencier le rôle de la France de celui de l’ONU. Les deux rôles, actuellement, ne se distinguent pas l’un de l’autre. La MINUSMA est une création de l’ONU. Mais, en son sein, ce sont quinze Français, civils et militaires, qui détiennent l'essentiel des postes de décision. Cela a, comme conséquence, une confusion des rôles entre le mandat que l’ONU entend exercer et les choix stratégiques et politiques des autorités françaises : à travers la MINUSMA, c’est bien la France qui exerce indirectement son autorité sur le Mali, ce qui ne se doit pas.
La MINUSMA doit désormais être dirigée par son chef d’état-major militaire, le Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU. Les premiers responsables des postes de décision de la MINUSMA doivent être occupés par les ressortissants des pays de préférence africains n’ayant pas d’intérêt politique, militaire ou stratégique dans la perpétuation de la rébellion et la partition du Mali.
Il revient au Mali de sortir définitivement de ce jeu de dupes. Il le peut en recourant, en tant que membre de l’ONU, aux articles 51 et 54 de la Charte des Nations Unies. Il est agressé par des mercenaires et des terroristes venus de l’extérieur. Il se trouve donc dans une situation de légitime défense. Il peut donc recourir à l’article 51 qui encadre juridiquement l’action de l’ONU en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d'agression.
L’article 54 autorise un pays membre de l’ONU victime d’une agression extérieure de demander l’aide d’un autre pays membre pour l’aider à se défendre. C’est au terme des dispositions de cet article que les Français sont intervenus au Mali avec l’opération Serval en janvier 2013, au Tchad en février 2019 et les Russes, en Syrie, en septembre 2015.
Les différentes actions décrites ci-dessus auront, comme corollaires : la paix retrouvée, la stabilité restaurée. A partir de ce moment, en toute sérénité, de nouveau, les Maliens, dans leur diversité, se retrouveront pour procéder aux réformes constitutionnelles, institutionnelles, politiques et administratives nécessaires afin de refonder l’État et retrouver le vivre ensemble.
Auteur ✍️ Dr Choguel K Maïga, actuel Premier ministre de la transition au Mali 🇲🇱