29/10/2023
La largeur et la profondeur de cette grande ravine Nord-Ouest, sur le long de la berge du fleuve à Dounguel ( Nord Sénégal 🇸🇳), s’élargissent incessamment. Le ravinement est une forme d’érosion hydrique, un processus d’écoulement des eaux de pluies dans un réseau hydrographique, généralement organisé en axes et désignés sous le nom de ravines ou de ravins. À l’échelle du versant fluvial de cette zone campagnarde, vieux terroir de Mbagni, Moussé GAYE, Samba NDIAYE et Thimou THIAM, ce processus entraine une érosion de berges de ravins à travers l’extension progressive de leurs têtes, des pertes en terres, des inondations et leurs contraintes environnementales et socio-économiques dans la zone centrale du village. Les résultats obtenus à l’issue des observations et des mesures sur le terrain se déclinent en termes d’évolution des largeurs et profondeurs des ravins, du déplacement des têtes de ravins grâce aux modifications de leur emprise géométrique et de la dynamique de leur forme. L’objectif de cette contribution est d’analyser la dynamique du ravinement dans le versant fluvial de Dounguel à travers des observations et des mesures des suivis de terrain couvrant la période Juliet - Octobre 2022.
L’analyse des résultats d’observations et des mesures de terrain montre que les largeurs des transects du ravin du nord-ouest évoluent en hausse. À l’échelle d’une année de suivi du ravinement au niveau de l’axe, l’évolution des largeurs et profondeurs de l’axe des transects s’architecture comme suit :
En effet, pour ce qui est des profondeurs, un schéma à la faveur d’une sédimentation de l’axe sous l’effet de la torrentialité se dessine entre Juliet et Octobre 2022 ; alors qu’entre Juliet et Octobre 2023, la dynamique épouse une tendance à la faveur d’un creusement de l’axe. La moyenne d’évolution à l’échelle d’une campagne de suivi du ravinement des berges est de 1,80 m. Sur l’intégralité de l’axe, la profondeur moyenne est 1,18 m en Octobre 2022 et 1,54 m en Octobre 2023.
Cette analyse permet de conclure que les ravins du versant fluvial, le processus du sapement des berges du fleuve de Dounguel, connaissent des évolutions à allures exceptionnelles. En effet, suite à la conjugaison de certains facteurs relatifs à la géomorphologie, à la climatologie et à l’anthropisation du milieu, on assiste à une réactivation de la morphodynamique hydrique par ravinement, se traduisant par une hausse des dimensions de ravins. Cependant, ne disposant pas de mesures ayant été faites sur des mois passées (en deçà Octobre 2022), il s’avère alors quasi impossible de faire une analyse rétroactive de la dynamique du ravinement. A l’échelle mensuelle, l’évolution des largeurs des ravins qui structurent les versants du bassin fluvial témoigne que le processus de ravinement varie en fonction des périodes qu’on se situe durant l’hivernage. C’est pourquoi, l’analyse s’est également effectuée sur une échelle mensuelle. Pour cela, nous avons choisi le mois d’Aout qui est le mois le plus pluvieux. L’analyse de l’évolution en mètre des largeurs des ravins témoigne qu’à l’échelle du mois d’Aout, les largeurs des ravins ont sous l’effet des flux hydro fluviaux et sédimentaires connu une progression dans leur évolution. Les analyses à l’échelle mensuelle confirment que la dynamique hydro-érosive par ravinement au niveau du versant du long de la berge du fleuve Dounguel est très importante durant le mois d’Aout. Cela peut s’expliquer par les fortes averses reçues à l’échelle de cette période d’hivernage. Le phénomène se traduit souvent par une capitalisation des eaux de ruissellement au niveau des axes hydrographiques, un creusement de leurs profondeurs et un élargissement de leurs largeurs.
Pour rappel, le contexte climatique fait que la couverture végétale du bassin local reste largement tributaire des variations pluviométriques d’une part et des pressions anthropiques d’autre part. Le milieu reste soumis à la sévérité du contexte biophysique et sa biomasse végétale subit diverses transformations allant des défrichements intempestifs au surpâturage. En effet, les sécheresses répétées fragilisent les sociétés agropastorales . L’explosion démographique et la production végétale primaire contribue à l’intensification de la morphodynamique hydrique par ravinement qui provoque souvent des inondations lors de la survenance de certains événements hydrométéorologiques. L’apport consécutif des flux hydro-fluviaux et sédimentaires sous l’effet de la torrentialité par ravinement modifie fortement la dynamique des torrents, en élargissant leur largeur et profondeur. Par phénomène d’incision linéaire dans ces axes hydrauliques, la torrentialité par ravinement fait souvent générer des mouvements de masse consécutifs aux décapements verticaux, récurrents le long des berges de ravins. Systématiquement, des berges et des formations végétales s’écroulent dans les secteurs amont des versants fluviaux où les ravins sont en berceau. L’accélération de cette forme de morphodynamique hydrique montre l’évidence d’une hausse des transferts de volumes hydro-fluviaux et sédimentaires, responsables des modifications hydrogéomorphologiques se traduisant souvent sous forme dénudation, d’ablation, d’inondations, dégradation du cadre de vie à l’échelle des unités morphopédologiques anthropisées de ladite localité. Aujourd’hui, un nouveau rapport entre l’Homme et son milieu que des années de forte variabilité pluviométrique ont favorisé la morphodynamique hydrique par ravinement. Cette dernière s’est imposée dans plusieurs bassins, sans efforts d’accompagnement en matière d’aménagement du territoire. Cette tendance semble être un élément structurant de l’hydrogéomorphologie actuelle de ces bassins versant, suite à l’amplification de la torrentialité par ravinement sur les versants fluviaux et des collines , et aux récurrentes inondations.
Toutefois, il existe plusieurs solutions pour éviter les effets de l’érosion hydrique :
—Une sensibilisation et une mobilisation des populations
—Le renforcement et le maintien d'une couverture végétale adéquate pour réduire l'impact de la pluie, ainsi que le ruissellement. Ce dernier en réduisant la vitesse de ruissellement et en augmentant les infiltrations d'eau.
—La canalisation des eaux par des canaux revêtus contrôle les flux d'eaux sauvages, réduisant leur impact érosif.
—Une bonne maîtrise des techniques de défense et de restauration
— Réalisation d’un cordon pierreux pour atténuer l’agressivité de l’eau.
—Fixer le sol et restaurer la biodiversité
— Préservation du terroir
—Ect;
Cordialement, A.O.S, le jeune géographe physicien, spécialiste en géomorphologie