21/10/2021
Vᴏᴛʀᴇ ᴇɴꜰᴀɴᴛ ᴀ ʙᴇsᴏɪɴ ᴅ'ᴜɴ ᴇsᴘᴀᴄᴇ ᴘᴇʀsᴏɴɴᴇʟ ᴀ̀ ʟᴀ ᴍᴀɪsᴏɴ. 👧👶👦
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Vᴏᴛʀᴇ ᴇɴꜰᴀɴᴛ ᴀ ʙᴇsᴏɪɴ ᴅ'ᴜɴ ᴇsᴘᴀᴄᴇ ᴘᴇʀsᴏɴɴᴇʟ ᴀ̀ ʟᴀ ᴍᴀɪsᴏɴ. 👧👶👦
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De tous les espaces fréquentés par l’enfant, celui de la maison est sans doute le premier à découvrir, le plus familier, le plus familial, le plus influent dans la construction de ses repères spatiaux et affectifs. L’expérience de la maison est pourtant très variée : certains vivront toute leur enfance et leur adolescence dans le même lieu. D’autres enfants connaîtront des maisons différentes au gré des pérégrinations familiales, des déménagements liés aux souhaits parentaux de s’agrandir, aux mutations professionnelles, aux changements de situation économique, aux séparations. Certains seront partagés entre plusieurs maisons : par exemple, celle des grands-parents lorsque ceux-ci les élèvent, celle de la famille d’accueil en cas de placement, celle de l’un ou l’autre parent en cas de divorce. Beaucoup d’enfants ne connaîtront que l’espace de l’appartement, voire du studio ou de la chambre d’hôtel. Dans d’autres pays, d’autres cultures, la maison et son occupation sont encore très différentes. Les enfants dans la grande misère vivent dans la rue et n’ont pour abri que les égouts. Ils sont sans feu ni lieu.
2Cette diversité d’expériences doit nous inciter à une certaine prudence dans le maniement du concept de maison. Nous sommes toujours tentés de ramener celui-ci à l’image véhiculée par notre imaginaire occidental, celle de la maison bourgeoise avec sa cave, son grenier, son toit pentu et son jardin plein de charme, ses volets comme des paupières, maison idéale, maison rêvée, mais finalement assez éloignée de l’expérience la plus courante.
3La maison est un abri, elle est ce corps enveloppant et protecteur qui vient redoubler, de l’extérieur, l’enveloppe maternelle. Entre les murs extérieurs et l’enveloppe corporelle s’étend l’espace de la maison. Ni dedans de soi, ni dehors, c’est un lieu intermédiaire. C’est l’espace de l’intimité familiale. Il est plus ou moins étendu selon les moyens et l’histoire de la famille, plus ou moins sophistiqué, et son aménagement varie selon les cultures.
4Il est ce chez-soi familier que, simultanément, nous pouvons fermer ou ouvrir à d’autres que nous laissons entrer, pour partager notre intimité à des degrés divers et généralement assez maîtrisés. La maison cultive ce paradoxe d’un dedans-dehors, sorte d’extériorisation de notre moi, évagination qui simultanément nous entoure. Nous sélectionnons ceux qui profiteront de nos vanités, des témoignages de notre intimité choisis pour être exhibés. L’enfant est tributaire de ses parents pour laisser entrer d’autres enfants dans son univers familier, partager son espace ou aller découvrir d’autres maisons.
5L’univers créé par les parents qui s’approprient leur maison est partagé avec l’enfant : c’est aussi son univers qu’il contribue peu ou beaucoup à animer. Il en est aussi souvent l’objet : les parents affichent des photos de lui, ses dessins, ses trophées.
6Ce monde est largement préconscient, puis, quand viennent l’adolescence et la différenciation qu’elle implique, de plus en plus critiqué ou démarqué : l’enfant devient le créateur de ses propres références dans l’espace qui lui est concédé ou qu’il a conquis.
7Beaucoup d’adolescents se plaignent de l’absence d’intimité, qu’elle soit liée à la promiscuité ou à l’intrusion parentale. Ils revendiquent aujourd’hui une intimité, de façon souvent paradoxale, en faisant tout pour ne pas être oubliés.
Découvrir Cairn-Pro8La maison est aussi un lieu d’identité : le « Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es » renvoie certes à la dimension imaginaire, mais aussi à une dimension symbolique, identitaire, celle de l’adresse. La maison, c’est aussi une adresse où l’on peut être joint, trouvé, dans l’espace plus grand de la rue, du quartier, de la ville, etc. Elle détermine aussi l’identité dans sa dimension sociologique et narcissique. L’enfant peut être fier ou honteux de son adresse, de sa maison, tout en y étant attaché. La maison, pour l’enfant, avant d’être celle des parents, est, d’abord, sa maison. Ce n’est que secondairement et tardivement que le « chez-moi », le « chez-nous », deviendra le « chez mes parents », signe qu’il est temps de se trouver un « chez-soi ». Cette évolution est exactement parallèle à celle de l’espace psychique : d’abord intriqué à celui des parents, il s’individualise progressivement, particulièrement à l’adolescence, qui dure de plus en plus longtemps, ce qui explique l’allongement de la cohabitation avec les parents.
9Ces quelques réflexions introductives invitent à saisir l’espace de la maison dans ses multiples dimensions : spatiale, géographique, corporelle, expérientielle, subjective, familiale, historique, sociologique, culturelle… Nous examinerons quelques-uns de ces axes sans vouloir être exhaustif et en privilégiant une lecture à l’intersection du développement subjectif de l’enfant et de la dynamique parentale et familiale qui conditionne l’habitat de cet espace.
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source(https://www.cairn.info)