07/26/2021
CATASTROPHE IMMINENTE D’ HAȈTI ET LES MOYENS DE LA CONJURER
OPINION DU GROUP INVESTMENT AND MANAGEMENT
La fondation de la nation haïtienne fut la résultante de luttes acharnées menées par les couches les plus défavorisées, les plus maltraitées, les plus méprisées du système colonial de Saint- Domingue. En dépit de toutes les barrières sociales , économiques et politiques dressées ā l’ émancipation, l’ émergence et la liberté des esclaves, ces derniers ont finalement réussis ā briser ce système de carcan les permettant de créer une nouvelle société basée sur la justice sociale. Durant cette grande peériode de l’ histoire, les révolutionnaires de l’ époque ont caressé l’ idée d’ implanter la démocratie au sein de la nouvelle société créée une fois arrivés ā démanteler ce système avilissant, aberrant, répressif et discriminatoire.
Cependant, après l’ indépendance, en raison des luttes aigűes et fratricides entre les nouveaux acteurs pour l’ hégémonie politique, Haïti n’ a jamais atteint ce concept idéal vers lequel passent la stabilité politique, le développement économique et social. Puisque l’ idéal démocratique est représenté par le maintien de la dignité humaine et de la liberté, les hommes au pouvoir n’ ont jamais pensé ā instaurer un régime ā caractère démocratique dans le pays parce qu’ ils sont toujours réfractaires au changement. Si dans leurs dicours ils font appel ā la démocratie, c’ est seulement pour assouvir leurs appetits politiques, pour renforcer ou conserver leurs intérêts mesquins. De toute évidence, pour qu’ il y ait démocratie, il faut qu’ il existe en premier lieu des institutions fortes. En d’ autres termes, il n’ y a pas de démocratie sans institutions. En effet, toute société qui se veut être démocratique doit penser d’ abord ā monter des institutions solides et représentatives. Car les institutions sont les bases de la démocratie. Malheureusent, en Haïti les dirigeants n’ accordent pas de grandes valeurs aux institutions. Dans le but de maintenir le pouvoir, au lieu de renforcer les institutions existantes ou de créer de Nouvelles répondant aux normes sociales, ils les affaiblissent, les démolissent de jour en jour.
Voilā pourquoi l’ assassinat de l’ ancien Président d’ Haïti, Jovenel Moïse, doit être considéré comme une occasion solennelle et un moment propice pour l’ intelligentsia haïtienne de penser ā refonder la nation haïtienne en la dotant d’ infrastructures organiques fondamentales pour le bon fonctionnement de la nation, la survie et le bien- être de la population.
Ainsi, toute solution ā la crise haïtienne d’ aujourd’ hui doit être recherchée ā l’ intérieur de la société haïtienne elle- même ā travers ses differentes composantes. Le dénouement de la “ crise qui n’ en finit pas” comme dit l’ autre doit faire l’ objet d’ un nouveau contrat social basé sur les intérêts supérieus de la nation, le renforcement des institutions républicaines, l’application intégrale de la loi, l’ amélioration des conditions des couches les plus vulnérables de la société, le respect mutuel. Ce faisant, il faut qu’il y ait des femmes et des hommes responsables, honnêtes, intègres, compétentes, humbles, indépendants, soucieux du bon fonctionnement de la chose publique ā s’ engager de manière désintéressée ā gérer les affaires publiques.
En Haïti, il y a une théorie qui veut faire croire qu’ il n’ existe pas des personnes honnêtes et conscientes ā prendre en mains le destin de la nation et la conduire au bon port. Si cette théorie peut être acceptable, elle l’ est ten partie car elle reste encore ā être vérifiée et prouvée. Il est tout ā fait vrai que les hommes politiques haïtiens n’ ont pas toujours fait preuve de leaders lucides, éclairés, et prévoyants. Ils visent la prise du pouvoir pour satisfaire leurs désidératats claniques au détriment de ceux de la classe majoritaire. Dans cette perspective, on doit reconnaïtre et souligner, ā cet effet, que nos hommes politiques n’ont pas vraiment de bonnes renommées. C’ est dans ce sens qu’ ils sont toujours décriés, contestés et même rejetés une fois arrivés au pouvoir. Il faut que les Haïtiens soient réalistes en traitant les problèmes politiques. Pour cela, il faut qu’ ils grandissent, renoncent ā leur faҫon de penser enfantine et agir en adultes puisque l’ administration d’ un pays appartient ā un ensemble d’ individus raisonnables.
Cependant, en dépit de tout ce qu, on peut reprocher ā certains hommes sur l’ échiquier politique haȋtien, il est important de faire certaines considerations.
Les intérêts personnels, les appetits égoïtes, l’ ambition et l’ avarice existeront quels que soient l’ état de la société et la forme du régime. Comme il n’ est pas possible de les éliminer, il est nécessaire de contrôler leur effet. L’ imperfection de l’ homme réside non pas dans sa raison , mais dans sa volonté. Donc, il ne peut y avoir de liberté sans autorité car sans cette dernière la liberté dégénère en licence. Tout comme la société démocratique choisit librement son gouvernement, le citoyen démocratique doit librement choisir de faire son devoir pour le bien public. Dans cette optique, il place ses actes sous l’ autorité de sa conscience. Il obéit ā la loi, non comme ā un ordre venant de l’ extérieur, mais comme l’ expression de lui- même qui le pousse ā agir en accord avec une loi dont sa raison a reconnu la nécessité.
Il n’ est un secret pour personne que les intérêts n’ unissent pas les hommes. Les intérêts ne peuvent que diviser. Seul un but commun peut unir les hommes, un but allant au- delā des intérêts. C’ est seulement lorsque l’ homme a la volonté de modifier ou de sacrifier ses intérêts privés en faveur d’ un but plus vaste qu’ il lui est possible de s’ unir ā d’ autres hommes pour exercer un effort commun. C’ est une certaine conception d’ une vie morale qui peut engager les Haïtiens ā sacrifier leurs intérêts. S’il leur arrive de le faire, et c’ est uniquement en fonction d’ un certain accord sur les principes sur lesquels repose la vie morale qu’il leur est possible de s’ unir entre eux.
Dans cet ordre d’ idées, il est impératif et même urgent de présenter aux members de la société haïtienne une alternative pouvant résoudre l’ imbroglio politique haïtien.
Aujour’ hui, Haiti fait l’ objet d’ une crise aigűe. Celle-ci, si l’ on peut dire, dépasse même l’ entendement humain car les haïtiens s’ entre déchirent et démolissent toutes les institutions du pays. La situation est tellement explosive qu’ elle est susceptible de compromettre l’ avenir de la nation et les générations montantes. En aucun cas, cette crise ne peut pas se résoudre de manière constitutionnelle puisque les institutions sur lesquelles l’ on pourrait s’ appuyer sont bancales ou inéxistantes. Ainsi, les enjeux politiques restent de taille. Donc, pour le bien de la patrie, en absence d’ une solution constitutionnelle, les haïtiens sont condamnés pour le moment ā rechercher entre eux une solution exceptionnelle, harmonieuse, consensuelle. Enc e sens, un accord haïtien est la condition sine qua non ā la résolution de ce bourbier politique. Cela doit se faire ā partir d’ un compromis non déguisé. Celui-ci devra être rechercé dans le cadre d’ une structure composée de valeurs et de buts adoptés en commun et mutuellement respectés par toutes les parties participant ā cet accord. Si l’ on veut tendre vers une solution durable, il faut, de plus, incorporer dans ce compromis les éléments les plus valables de chaque proposition, ceux qui favoriseront le mieux le bien commun.
Dans ces conditions, les forces vives de la nation doivent se réunir en toute urgence en vue de la formation d’ un government d’ exception qu’ on pourrait appeler Gouvernement d’ Union Nationale ( GUN), ou Gouvernement de Salut Public ( GSP), ou Gouvernement d’ Entente Nationale ( GEN), ou Conseil National de Gouvernement ( CNG) pour mener la barque du pays durant les trois prochaines années. Au cours de cette période de temps, les members de ce gouvernement s’ attacheront ā renforcer ou remembrer les institutions faibles, créer de Nouvelles institutions répondant aux normes de la modernité, Combattre l’ insécurité, enclencher un programme de désarmement, proposer une nouvelle constitution, créer un conseil électoral permanent indépendant, convoquer une conférence nationale, organizer des élections municipals, législatives et présidentielles suivant un calendrier approprié.
Cette nouvelle structure politique, quelle que soit son appellation ou sa dénomination, ne doit pas être partisane, mais mesurée. Ses membres ne doivent pas êtres affiliés ā aucun parti politique. Ces personnalités remarquables et triées sur le volet doivent être des citoyens au-dessus de tout soupҫon. Voilā pourquoi qu’ il serait souhaitable que les membres des partis politiques et ceux des organisations économiques soient formellement interdits de faire partie au sein de ce gouvernement d’ exception. Cependant, ces entités importantes peuvent proposer certaines personnalites jugées crédibles, mais celles-ci ne doivent pas être recrutées ā l’ intérieur de leurs familles politiques ou de leurs associations écomiques. En fin, la nomination des personnes qui auront le privilège de faire partie au sein du gouvernement doit se faire par ordre d’ ancienneté. Ils doivent être âgés de soixante- cinq ā soixante- quinze ans.
En bref, l’ avenir d’ Haïti dépendra en grande partie de la bonne volonté, de la sincérité et de l’ honnêté des femmes et des hommes qui auront la charge du pays. Il faudra des femmes et des hommes qui ne seront pas complices du sacrifice des principes. Enc e sens, ils doivent mettre de côte leurs intérêts de classe ou de groupe afin de conduire la pays sur le plan de développement social, économique et politique. Le système politique haïtien doit renouveler ses structures politiques, créer de nouveaux rôles politiques ou changer leur contenu pour s’ adapter ā la modification du contexte. La structure sociale déséquilibrée de Haïti l’ enfonce de plus en plus dans l’ abȋme car le système politique établi est désuêt , inadéquat et inégal. Toute stabilité politique d’ Haïti doit passer par la socialisation politique, laquelle est donc par excellence l’ instrument d’ inculcation du consensus.
Ermilus Philius
Sociologue
Group Investment and